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Accédez d'un clic aux articles suivants: Parcours de vie - Approche socioloogique de l'affrontement entre sans domicile fixe et demandeurs d'asile - Faites-vous confiance! - Jean Metral - Exclusion - La mémoire au service du développement - Cinéma : "La mémoire effacée" - Vague à l'âme ... des cafés - Des millions d'ordinateurs et moi, et moi, et moi! - Questions sur la mémoire - L'ennui et l'oubli, de l'intranquillité... - Bonnes vacancesPapa! - Les croisés de Bruxelles -


PARCOURS DE VIE

Il est peu vraisemblable, au cours d'une journée, d'échapper à raconter des fragments de notre histoire. « Tu n'en croiras pas tes oreilles, sais-tu ce qu'il m'est arrivé? » Hier ou avant-hier, il y a cinq ans, vingt ou quarante ans, nous énumérons tous des bribes de notre parcours de vie. Bien évidemment nous ne racontons pas tout. On ne dit jamais tout! Toujours on choisit, catégorise, organise et sélectionne dans une mise en forme globalisante voire totalisante. Notre morceau d'histoire a bien un début, une fin, des personnages, de l'action, et souvent des rebondissements, mais est-elle l'Histoire? En tous les cas s'exprime une cohérence, un fil tracé qui se termine par: « Voilà où j'en suis! »

Déplaçons cet exemple en élargissant notre champ d'intérêt à l'échelle d'une existence entière. Raconter son parcours de vie suppose alors l'accès à une posture particulière: parler de soi, individualisation pour ne pas dire individualisme. C'est là une attitude solidaire du mouvement des humanités socio-historiques occidentales qui mène des sociétés holistes aux sociétés contemporaines. Autant je raconte mon histoire, autant je la déconstruis, la recompose, la questionne réflexivement, la resignifie, la modifie de sens. Comment donner à ce processus toujours inachevé et toujours ouvert à une possible reprise, une fin? Une fin qui offrira, nous le verrons plus loin, une finalité. D'ailleurs n'est-ce pas par l'apparition du mot fin qu'écrits et films prennent sens? Si nous déplacions de quelques paragraphes, de quelques minutes la fin d'une histoire, celle-ci serait-elle identique dans les deux cas? Dès lors, c'est bien par son recueil que le parcours de vie est mis en sens réflexif, ressaisi dans la complexité articulée de ses multiples dimensions au sein d'une unique vision. C'est bien par son écriture, sa mise en scène qu'un auteur ou un scénariste offrira une représentation particulière de l'histoire qu'il aura écrite ou qu'on lui aura confiée. Le recueil et la fin choisie d'un parcours de vie sont alors un déplacement autour de soi. De la distance et du lieu d'où celle-ci opère naît un moment de désappropriation de soi qui a pour objectif de mieux nous réapproprier, dans la reconnaissance de ce qu'on a fait de nous. Aussi n'est-il pas faux de penser que le récit de vie véhicule une sorte de correctif holiste dans le cadre d'une société « informe, attisée » par le vent d'une mémoire collective toute puissante. Les individus s'y trouvent de plus en plus laissés à eux-mêmes, sans repères, êtres flottants et vides, en déshérence au même titre que les mémoires sans filiation qu'ils s'approprient inconsciemment.

A la différence du récit de recherche anthropologique, la finalité d'une sociologie de la mémoire appliquée au parcours de vie est de mettre en priorité la personne qui raconte au centre du système social.




APPROCHE SOCIOLOGIQUE DE L'AFFRONTEMENT ENTRE SDF ET DEMANDEURS D'ASILE

Nous avons croisé une association où la violence règne, l'agression contagieuse a rangé les travailleurs sociaux en deux camps (l'un soutien les SDF, l'autre les demandeurs d'asile!), les vitres volent en éclat, les menaces de mort et courriers anonymes sont la vie de cet établissement, et pourtant peu de questions se posent. La faute ce sont eux, les miséreux, les incultes, les alcooliques, les migrants. La solution: l'appel aux services de police. Le texte qui suit est destiné aux bénévoles qui croient gérer cette situation, aux professionnels de cette structure mais aussi à tous les autres établissements qui vivent de près ou de loin une situation similaire.

Cette réflexion s'ancre sur diverses constatations d'études psychologiques et sociologiques sur l'exclusion ainsi que la lecture d'une bibliographie qui se trouve sur le site « sociocom.org ». Seule l'approche de la cohabitation de la catégorie SDF et des demandeurs d'asile est exposée dans les lignes qui suivent. Ceci répond à la problématique perçue tant en interne qu'en externe auprès de l'association « xxx » mais se révèle être une difficulté majeur dans la plupart des centres d'accueil de jour ouverts aux usagers « exclus » en France mais plus généralement sur toute l'Europe occidentale (Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Espagne, Suède, Suisse...)

La notion d'exclusion est un concept « unita-multiplex » au sens où le définit Edgar Morin, c'est à dire que des éléments hétérogènes sont rassemblé dans leur diversité dans une même unité. Dans tous les cas l'exclusion est à penser en terme de perte de l'environnement symbolique. Les exclus ne sont pas seulement rejetés physiquement (racisme), géographiquement (ghetto) ou matériellement (pauvreté) mais sont dans des ruptures de sens. L'exclusion se représente alors comme un processus plutôt qu'un état de fait.

Lisibilité des faits depuis le groupe des demandeurs d'asile:
La situation d'exil prive l'individu d'une place dont l'absence le contraint à un vécu d'errance mais il s'agit d'une phase de passage et de recherche pour pouvoir être assigné à une place. Pour Platon, pour « être » il faut être quelque part. Ce n'est pas forcément évident pour la personne en situation.
Etre ici n'équivaut pas à Etre là. Il n'y a pas de concordance entre l'espace où l'individu se trouve et le « là » de leur Etre.
L'autre est présent dans l'individu, c'est la question du groupe interne d'appartenance. Un groupe étranger n'assure pas pour l'individu isolé, la fonction de pare-excitation qu'il trouve dans son groupe d'appartenance.
Tout individu est inscrit dans une filiation qui lui donne une place unique. Il est nécessaire pour l'exilé de se détacher de ce qui est en train de lui arriver.

La langue va jouer un rôle d'intégration dans le groupe de pairs comme elle va renforcer l'exclusion sociale. S'approprier une langue étrangère rendrait cette population encore plus étrangère à elle-même.
La perte du pays natal va entraîner la perte de confiance dans le monde extérieur. Il y a un sentiment de trahison vis à vis de sa terre natale dans le fait de fuir le pays pour demander l'asile dans un monde meilleur. La question du retour est omniprésente, la coupure définitive est de l'ordre de l'impensable, d'une violence impossible.
Chez les demandeurs d'asile il existe une crainte de la contamination qui agit comme un système de protection symbolique de l'ordre du culturel.

« standing » ou « transit » le demandeur d'asile exprime fortement son angoisse du temps qui passe et sur lequel il n'a pas de prise. Il ne peut s'inscrire nulle part, il n'est ni là-bas, ni ici.
Lisibilité des faits depuis le groupe des SDF:
Chacun tend à de différencier de celui qu'il considère comme étant tombé plus bas que lui.
Etre SDF à un moment de sa vie dévoile une part de l'identité de la personne mais ne la définit pas. Il se vit une rupture plus ou moins importante avec les autres mais aussi avec soi-même.
Le premier stade de la précarité qui puisse conduire une personne à l'exclusion est celui de la zone d'inclusion ou de « précarité normale », cela concerne la dimension présente chez tout un chacun d'avoir à demander à autrui de l'aider à vivre. C'est la conséquence d'une désinsertion par la rupture (perte d'emploi, divorce, deuil...)
Le second stade est celui de la zone de vulnérabilité à la perte possible ou précarité exacerbée. La personne a peur de perdre. D'autres ruptures vont se déclarer en lien avec les causes précédemment citées.
Une troisième étape est celle de la vulnérabilité assistée. C'est la perte effective des objets sociaux (chômage de longue durée...).C'est la zone d'assistance, du décrochage et du renoncement.
Enfin le quatrième stade concerne la précarité avec désaffiliation. Pour ne plus souffrir de souffrances extrèmes on est dans l'obligation de s'exclure soi-même, c'est la déchéance et l'auto-destruction.
Chez tous les SDF il y a rupture avec l'environnement familial dans la prime enfance souvent défaillant, imprégné de violence. De fait ces personnes ont le sentiment de ne plus appartenir à aucun groupe parce que l'identification à son semblable est top violente et renvoie une image trop négative de soi-même.
Les SDF rejettent fortement le non-français qui prend la place non pas par une attitude d'agressivité dite de violence fondamentale mais par une attitude défensive traduite verbalement et par le comportement.
Chez le SDF il existe un sentiment d'étrangeté à l'égard de soi-même, d'être un autre que soi, d'être hors de soi sans pouvoir s'approprier l'identité sociale ce qui sa traduit par la perte récurrente des papiers d'identité par exemple.
Pour le demandeur d'asile et pour le SDF français, le fait de se côtoyer au sein d'un même établissement provoque une restructuration identitaire sur le mode de la mise en altérité de l'autre comme étranger mais aussi de la mise en altérité du semblable pour l'inquiétante étrangeté qu'il renvoie en miroir. Il me semble important d'introduire la question du désir (Sans Désirs Fixes) car pourquoi un individu choisi-t-il la position sociale de SDF et non pour exprimer sa souffrance celle de la folie? Le demandeur d'asile est menaçant pour le sujet SDF car il risque de venir prendre sa place auprès de la substitution parentale que représentent les structures d'accueil. Le vecteur des affrontements entre ces deux catégories d'exclus est la peur.

Interdire l'accès de la communauté dominante revient à exclure l'autre alors de la fonction primaire qu'un accueil de jour est justement censé assurer: accueillir tout le monde. Cependant la question est insoluble car il est impensable de transformer le naturel implicite de l'homme: le groupe dominant chasse les plus faibles.
Si des réponses peuvent se situer dans la division de la structure d'accueil sur deux sites distincts il demeure qu'un travail est à faire en deçà des institutions sur la manière dont on peut susciter une demande chez des personnes qui n'en ont pas. Il est nécessaire d'aller vers l'autre en utilisant un dispositif pouvant réceptionner dans un premier temps puis accueillir l'individu en situation de désétayage dans un second temps afin d'élaborer avec lui. La fonction du « sociologue de rue » semble alors tout à fait pertinente en intervenant dans les creux sociaux que laisse l'espace social en disponible à l'installation des précarités.


FAITES-VOUS CONFIANCE

La psychanalyse a montré que pour l'inconscient le temps n'existe pas mais que, par contre, il est la grande angoisse de l'homme. C'est peut-être pour échapper au temps, à cette irréversibilité, qu'il a été donné différents mythes et croyances sur Terre. C'est bien là que l'on retrouve une motivation fondamentale de l'homme à voyager: aller vers ce qui lui échappe le plus, l'inconnu. Mieux comprendre la complexité universelle apporterait des réponses personnelles aux vies individuelles. Et si tous vos désirs de départ n'étaient en fait que ceux dictés par votre inconscient? Nous allons explorer l'invisible, faire attention aux sensations, aux émotions et ainsi partir sans peurs, sans risques... et sans reproches.

Un séjour à l'étranger, chez l'étranger, apporte plus qu'une simple vision photographique que l'on fixe sur le papier. L'odorat, l'ouïe, le toucher, le goût ne sont pas juste des attributs utiles mais font parti du voyage. Les sensations procurées par ces sens, oubliés des brochures de tourisme, permettent une perception des réalités matérielles et extérieures. Elles alimentent une faculté extra sensorielle que nous avons tous: l'intuition. Faire confiance à son intuition, c'est être à l'écoute de ce qui nous convient au plus profond de nous mêmes et trouver de façon autonome une voie à suivre, une destination. Malheureusement, notre système social et éducatif est basé sur la logique et la cohérence, non pas sur des valeurs et des ressources personnelles. Ceci est dommage car énormément de personnes se trompent d'itinéraires en faisant abstraction de ce qui dort au fond d'elles-mêmes. Mais comment faire? Le rêve est une clef providentielle. Je ne vais pas dans ces lignes vous délivrer un guide saugrenu qui tendrait à des interprétations standardisées. C'est impossible et qui s'avancerait à le faire est un charlatan. Le rêve s'adresse au rêveur et à lui seul, chaque rêve est unique tout comme le sujet qui le fait. Chaque voyage est unique, emprunt de vos seules sensations, même si vous êtes en groupe.

Vous devez avant tout faire confiance à vos rêves en prenant garde qu'ils soient bien les vôtres.

Lorsque vous vous trouvez sur la plage cubaine d'un hôtel de luxe, vous ne faites que satisfaire les rêves d'hommes d'affaires et d'Etat en manque de devises. C'est parce que le rêve est constitué d'images visuelles que les vitrines des agences de voyage sont recouvertes d'identiques photographies, quelles que soient les destinations.

Pour bien partir, il va vous falloir aller plus loin. Faites-vous confiance. Les conseilleurs ne sont pas les payeurs. Certains rêves peuvent se révéler par des données olfactives, gustatives, sonores, même si ce ne sont pas les facteurs les plus marquants. Tout songe est actif, personne ne « pense » son rêve mais il le vit réellement jusqu'au réveil. Certains marquent plus la mémoire que d'autres par leur forte empreinte et le souvenir d'impressions plus intenses et singulières. Notez-les. Ils sont en relation avec vous. C'est ainsi que le rêve peut très bien se révéler à vous comme un désir inconscient en devenir de réalité. Jacques LACAN a signifié que « l'imaginaire est ce que l'homme a de plus réel ».

Lorsque vous saurez alors où partir, lorsque vous aurez rêvé des paysages, des rencontres, lorsque vous aurez encore la sensation au réveil du vent d'un ailleurs sur la peau, le parfum imaginaire d'une fleur, la saveur d'une cuisine pourtant jamais goûtée, ce jour là il sera temps de franchir la porte d'une agence de voyage et de faire vos valises. »


JEAN METRAL

Nous avons croisé Jean METRAL sept années durant lors de ses respirations de vacances dans sa ferme familiale en Haute-Savoie. Puis Jean METRAL s'en est allé brutalement le 15 mai 2002.

Les dates repères:
1933, Naissance à Césardes, tout près d'Annecy en Haute-Savoie.
1958: Licence de lettres classiques à la Faculté des Lettres de Lyon
1961: Educateur à la Cité de l'Enfance à Bron, Mariage avec Françoise Gros.
1967: Soutenance thèse de 3ème cycle: « Les Druzes de Galilée: problèmes d'organisation sociale. »
1975: Thèse d'Etat: « Une minorité allogène:la communauté française au Liban depuis 1945 »
1978-1992: Directeur de l'Institut de recherche sur le Monde Arabe Contemporain (IRMAC)
1981: Membre du conseil National du Patrimoine Ethnologique au Ministère de la Culture
1983-1987: Président de l'Association Rhône-Alpes d'Anthropologie.
1998: Responsable du programme interministériel: « Culture, ville et dynamiques sociales ».

Ils et elles ont parlé de Jean METRAL dans ces mots:

Olivier AURENCHE (Ethno-archéologue, Maison de l'Orient Méditerranéen): « Quand Jean s'exprimait, il était écouté et entendu. Combien de fois n'a-t-on pas pronocé en réunion de cabinet présidentiel, lorsque surgissait un problème, des phrases du type: qu'en pense Jean? Cela se traduisait, au choix, soit par une conversation avec lui, d'où il ressortait que, pour des raisons socio-historico-psychologiques connues de lui seul, mais qui devenaient soudain limpides, il ne fallait pas agir comme ceci, mais plutôt comme cela, soit par une mission impossible, dont personne ne voulait se charger et qu'on lui confiait alors sans qu'il rechignât jamais. »
Thierry BIANQUIS (Historien, université de Lyon2): « Il était avant tout un homme du dialogue, de l'observation empathique des hommes et de leur identité, de leurs pratiques, de leurs discours sur eux-mêmes et sur les autres.../...il commençait toujours par poser son regard humble sur la vie au quotidien des êtres humains avant d'émettre une hypothèse ou de conceptualiser un modèle pour en faire apparaître le sens profond ».
Nabil BEYHUM (Sociologue, Ecole d'Architecture Paris Val de Seine): « je me rends compte qu'il me reste à dire le plus important, ce qu'il m'a appris sur la façon d'apprendre aux autres. Il me poussa à enseigner, ce qui était le plus cadeau qu'il puisse me faire. Il m'explique par exemple un jour qu'il fallait faire son cours avant mais aussi après le cours pour tenir compte du débat qui venait d'avoir lieu. Comme une nouvelle expérience qui enrichissait la connaissance et je crois que ceci a été une nouvelle découverte pour moi: la transmission était un travail supplémentaire sur notre connaissance des sociétés étudiées. Elle la complète, elle est une exigence de vérification étonnement puissante ».
Claude ROUOT (chargé de mission, Ministère de la Culture et de la communication): « C'est plutôt le pédagogue, l'enseignant-né que l'on repère, mais aussi le citoyen qui oriente les questions, écarte les facilités, respecte et reconnaît le rôle de chacun des acteurs, qui encourage l'exercice de mise à distance nécessaire au renouvellement des questions de recherche ».

Retrouvons Jean METRAL au travers de cet extrait, certainement le plus significatif de son implication:

L'ETHNOLOGUE ET SON TERRAIN, PARTICIPATION, ENGAGEMENT, IMPLICATION.

L'ethnologie de la France a d'abord été une ethnologie des communautés villageoises qui, gardiennes des traditions, étaient perçues comme des unités socio-culturelles, territorialisées et « authentiques » que menaçait la civilisation industrielle. Il était donc urgent d'en garder les signes.
Cette ethnologie de la mémoire et de la nostalgie a trouvé sa place dans les fonctions de conservation et d'exposition des musées du folklore et des Arts et Traditions populaires. On a pu y lire aussi bien un désir de ressourcement, une quête des racines, que la formation de notre communauté nationale, la France, qui agrège et intègre les communautés locales, en transcendant ou en niant leurs différences et leurs spécificités.
L'ethnologie du patrimoine qui connaît un certain succès dans les années 1980, sous les incitations de la Mission et du Conseil national du Patrimoine ethnologique au ministère de la Culture, est en partie héritière de cette ethnologie de la mémoire et de la nostalgie. N'est-elle pas de nouveau invitée à la quête des racines, à la recomposition des identités aux différentes échelles, locales, régionales et nationales, à « réenchanter le monde » en reconstruisant des univers symboliques de significations?
Incitations à la recherche et à l'action culturelle venues d'en haut; mais aussi sollicitations issues du terrain lui-même, des associations, des élus, des acteurs qui veulent, de façon contradictoire souvent, porter remède à une situation qui menacerait leurs positions, leurs ressources, leurs sociabilités et leurs appartenances. Ces incitations et sollicitations constituent une double demande qui définit une forme d'implication à laquelle l'ethnologue échappe difficilement.
Que de cette ethnologie du patrimoine, les idéologies partisanes tirent argument (surtout en ce moment, celles qui prônent la défense de « l'identité culturelle française » et « la préférence nationale » (contre l'étranger) ne devrait pas surprendre les ethnologues mais les appeler d'abord à une vigilance éclairée. Vigilance également requise de ceux qui travaillent sur d'autres terrains. Je pense à ceux qui « explorent » nos villes et les populations venues d'ailleurs qui cherchent à les habiter, à ceux qui décrivent la formation et l'émergence des nouvelles cultures urbaines.
Contre une implication subie, il est souhaitable que l'ethnologue pratique une implication vigilante. Dans l'exercice même du métier, je la vois à l'oeuvre à trois niveaux, dans trois registres.
D'abord, quel que soit son terrain, le patrimoine ou la ville, ici ou ailleurs, cette implication vigilante doit porter sur le choix et la construction du terrain, sur le choix et la construction des objets et des méthodes.
En effet, n'y a-t-il pas quelques risques à définir notre discipline comme l'étude scientifique des identités et des différences culturelles entre les groupes sociaux et dans ces groupes? Risque de cristalliser les unes et les autres en des totalités à forte cohérence interne qui peuvent être lues comme séparées, voire irréductibles. Si les identités et les altérités culturelles s'expriment en des « marqueurs », il nous faut éviter de les essentialiser.
Notre travail ne peut se borner à en dresser l'inventaire car ces « marqueurs », nous devons aussi les penser et donc les étudier comme des systèmes de rapports complexes en constante recomposition. Les « Nous » se forment dans leurs rapports aux « Autres ».
L'implication vigilante se manifeste aussi lors de la restitution de nos travaux. Faire de l'ethnologie de terrain aujourd'hui, c'est nécessairement entrer en négociation avec de multiples acteurs; et le terrain est toujours système complexe d'interactions négociées avec ceux qui forment ce qu'on appelle la société civile, mais aussi avec les commanditaires, les bailleurs et la communauté scientifique elle-même. La restitution est donc non seulement une obligation scientifique mais une obligation sociale, je devrais dire une obligation civique.
Quelle que soit la forme que prend cette restitution, le chercheur ne peut s'en désintéresser même si la collaboration avec les professionnels de l'édition, de l'exposition, de l'animation, de l'audiovisuel et des nouvelles techniques de communication n'est pas toujours facile.
La restitution est aussi le moment au cours duquel le chercheur est « invité », parfois sommé d'ouvrir le dialogue avec les partenaires et les acteurs, d'accepter la confrontation argumentée, d'instaurer un débat public où le chercheur doit s'impliquer sans masquer la conception qu'il a de l'ethnologie et de l'ethnologue dans la société. Car il ne peut se désintéresser de la manière dont il contribue à la connaissance que la société se fait d'elle-même et des Autres.
Enfin, il est un dernier niveau d'implication inhérent à l'ethnologie. Peut-être faut-il que l'ethnologue ait pris ses distances avec l'engagement idéologique partisan pour mesurer toutes les incidences de cette implication sur l'exercice du métier. Si être ethnologue c'est travailler sur les rapports entre Nous et les Autres: les Autres au-dehors, les Autres du dedans, les Autres du dedans que l'on met dehors (par stigmatisation, exclusion, expulsion...), il lui est impossible de faire l'impasse sur les modes du « vivre ensemble » que chaque société, ici et ailleurs, élabore en des processus et régule en des procédures. Cette implication est civique, politique au sens noble et étymologique du terme. Elle est inscrite à l'origine et à l'horizon de l'ethnoanthropologie.

Etre ethnologue, c'est, en dernière instance, s'interroger sur les grands problèmes de la Cité. Comment la fonder en raison, alors que l'Homme est aussi être de passion? Devant toutes ces formes d'implication qui ne sont pas nouvelles mais qui émergent avec d'autant plus de force aujourd'hui que l'ethnologue travaille autant, si ce n'est plus, chez lui qu'au dehors, je voudrais simplement pour conclure, rappeler qu'il ne peut faire l'économie d'une éthique dans l'exercice de son métier. Une éthique qui soit a minima une éthique de la réciprocité comme l'a dit et répété Marcel Mauss. « Je est un autre » dit aussi le poète et le moraliste ajoute: l'Autre est un alter ego.


EXCLUSION

S'il est une souffrance qui empêche de vivre, de parler, de penser, d'agir et d'aimer, de prendre sa place dans la transmission des générations: nommons l'exclusion. Il est des souffrances évitées à tout prix, celle-là parmi d'autres, et le prix peut en être exorbitant: nommons les délinquances. En périphérie des ces concepts (en miroir de la ville et de sa périphérie urbaine) voisine le concept d'urgence. L'excès de gyrophare et de sirène, de n° d'appel supposé anonyme, renvoie à un sentiment de détresse et d'impuissance: quand on se sent en détresse, en situation d'impuissance, on a besoin de quelqu'un immédiatement. Cela nous renvoie au narcissisme primaire, nous parlerons de détresse primaire! Il est important de reconnaître ce sentiment de l'urgence, de l'authentifier mais sans chercher à y répondre dans la toute puissance d'un abus de pouvoir ou la précipitation. Ce qui peut être attendu du sentiment maternel à l'égard de son enfant qui s'est écorché le genou n'est pas transposable et pourtant les exclus ne deviennent-ils pas dans le langage commun des « écorchés » plus ou moins vifs! Le risque d'une telle dérive est considérable: production d'amertume, de déception, d'échecs et de rejoindre le demandeur d'assistance dans une congruence de désespérance. Rappelons que « précarité » vient du mot latin « précari » qui veut dire « supplier ». Supplique d'une obligation de transparence, de nudité hors intimité, constituant en elle-même une situation hontogène dont l'un des redoutables mécanismes de défense est le camouflage, la travestisme de la réalité, le mensonge.
Rester vrai face à soi sera donc de rester seul dans l'errance ou chez soi, le renfermement qu'il soit physique ou psychique. Autant de manifestations autarciques où l'on se coupe de la demande intersubjective. L'on comprend alors le recours à l'urgence: je n'ai rien à demander, c'est l'urgence qui demande pour moi, j'attends de tomber à l'extrême limite de mes forces, j'ai perdu le droit de m'adresser à quelqu'un...
« Excludere » veut dire « fermé dehors », mais parler de quelqu'un fermé dehors, n'est-ce pas le faire entrer!
En décembre 1997, la revue Esprit titrait « malaise dans la filiation » s'inspirant du titre de Freud « Malaise dans la civilisation ». Le pas franchi est bien étroit et a le mérite de superposer civilisation et transmission. Au grand damne de la psychanalyse les pères ne sont plus à tuer, ils s'estompent et se ternissent. L'absence de testament, de la « dernière volonté », signifie que celui qui nous précède a perdu sens. Chacun doit trouver par lui-même ce qu'il lui faut alors faire, l'objet de son désir conscient, de sa volonté. L'individu, vous, moi, voit ainsi reculer sur lui des responsabilités autrefois attribuées à la tradition et au politique, la mémoire muséale et collective et cela en même temps où la bureaucratisation des fonctions sociales ôte la spontanéité et l'autorité naturelle. La menace ombre notre quotidien: impuissance psychique et dépression. Sur ce fond d'absence de testament, le développement des techno-sciences, au sens où Paul Ricoeur a pu les évoquer, fonde sa propre légitimité à partir de ses réussites et du seul critère économique, quant aux normes extérieures de richesse. Le rapport d'une qualité à un prix devient obsessionnel, et non seulement pour les objets de consommation. La rentabilité de l'investissement sur un individu se distingue largement auprès des supermarchés de l'emploi. L'employé, cadre ou non-cadre, ne devient plus qu'un objet de consommation parmi d'autres! Dès lors nous voici face au paradoxe inhérent à notre société occidentale: d'un côté l'individu est appelé à une autonomie maximale qui doit penser par lui-même ses valeurs, son action et son avenir, édicter des références dans l'évaluation de ses réalisations car elles ne sont plus données au départ, et de l'autre côté, l'évolution des techno-sciences pour lesquelles l'homme n'est ni le but, ni la justification, mais le moyen de leur développement. En principe les techno-sciences devraient libérer l'homme, mais elles n'ont pas encore trouver de quoi!


1973 c'est un accord de cessez-le-feu après dix années de conflit entre le Vietnam et les Etats-Unis, la fin de la construction du World Trade Center en avril (la seconde tour des "twins tower" abattues par les attentats du 11 septembre 2001). En France c'est en septembre le premier vol de Concorde, c'est le démarrage de la première centrale nucléaire et du réacteur Phénix à Marcoule, Claude Lévi Strauss est élu à l'Académie Française en mai, en avril s'était achevé la construction du boulevard périphérique parsien. Les véhicules en circulation s'appelaient Ami 6, Dyane, DS, 4L, Simca 1000, Peugeot 504, les premières minis et Austin 1100, quelques MG et Triumph venues d'outre manche par ferry.

Le 8 avril Pablo PIcasso meurt à l'âge de 91 ans, le N° zéro du quotidien Libération paraît le lundi 5 février, le directeur de la publication s'appelle Jean Paul Sartre, le N° 1 sortira deux mois plus tard le mercredi 18 avril. Jacques Chirac est alors ministre de l'agriculture sous le gouvernement de Pierre Mesmer.

En 1973 les femmes en France sont en moyenne 1 million par an à se faire avorter clandestidement et à risquer leur vie comme l'ont écris et signé "343 salopes" dans un manifeste publié en 1971 par le Nouvel Observateur. 343 femmes pour la plupart célèbres déclarent avoir déjà avorté. En 1975 le parlement français se range aux arguments de bon sens courageusement défendus par la ministre de la Santé: Simone Veil. Désormais la loi autorise les femmes à recourir à l'avortement médical: l'interruption volontaire de grossesse. Il faudra des années pour obtenir l'application de la loi Veil que bon nombre de médecins réprouvent. En 1983 l'avortement quitte enfin le banc de l'infamie, une autre loi autorise désormais son remboursement par la sécurité sociale. En 2003 les parlementaires donnent aux mineurs (7 000 par an en France) le droit de se passer de l'accord parental pour avorter.

En 1975 les prostituées dénoncent leur premier proxénète: l'Etat. peu ou prou elles vont disparaître du paysage et les années 1980 les chassent des centres ville et les relèguent en périphérie? Aujourd'hui on dénonce les réseaux maffieux de proxénétisme, pratiquement on aggrave la condamnation des travailleuses du sexe: l'amende qui sanctionnait le racolage passif se calcule désormais en mois de prison.

En 1073, cinq millions de français votent encore communiste devant le nouveau parti socialiste créé par François Mitterand. Avril 2002 ce sont 960 000 électeurs qui glisseront leur bulletin de vote au profit du parti à l'emblème de la faucille et du marteau. Entre temps le mur de Berlin se sera effondré en 1989.

Le 29 novembre 1972 deux condamnés à mort étaient exécutés à la centrale de Clairvaux, quatre autres exécutions allaient encore se dérouler jusqu'au 15 juin 1979 où la commission des lois de l'Assemblée Nationale vote l'abolition de la peine de mort et c'est en août 1981 que le COnseil des Ministres remplace la peine capitale par la réclusion criminelle à perpétuité. En 2002 ce sont plus de 4 000 exécutions "de justice" qui se sont déroulées sur plus de 40 nations.

En 1968, une poignée d'irréductibles défenseurs des droits de l'homme partent pour le Biafra afin de sauver une population assiégée par la Niger. PArmi eux Bernard Kouchner et Xavier Emmanuelli et ils ne pourront pas taire à leur retour le témoignage des exactions commises contre les civils. C'est la création de Médecins sans frontières en 1971. Ils inventent le devoir d'ingérence et le statut d'organisation non gouvernementale (ONG) qui vont devenir les piliers de la société civile mondiale. En 1999 on parle de guerre humanitaire au Kosovo, en 2001 les forces américaines alternent les lâchers de bombes sur les talibans et de colis pour la population, le devoir d'ingérence devient un droit à l'ingérence reconnu à plusieurs reprises par les Nations-Unies. Retour à la case départ?

1964, Nelson MAndela est arrêté, accusé de sabotage et condamné à la prison à vie sur l'île de Robbin Island, prison de heute sécurité au large des côtes du Cap. Le 10 mai 1994 Nelson Mandela est intronisé premier président noir de l'Afrique du Sud, quatre ans après sa libération du 11 février 1990.

Novembre 2004, le magazine Marie-Claire publie un N° Hors-Série titré 1954-2004 "50 ans de la vie des femmes". Quand l'effet de mémoire rejoint l'effet de mode!


LA MEMOIRE AU SERVICE DU DEVELOPPEMENT

Quel titre! Quelle évidence! Alors pourquoi parle-t-on de l'urgence de la prise en compte d'un développement durable? Locution à la mode du moment, passe partout des dossiers de subventionnenement des collectivités, condition d'octroi de prêt banquaires d'entreprise par quelques groupes financiers, le développement durable devient la seule labellisation "rentable". Les développements de nos sociétés jusqu'alors n'étaient-ils pas durables? Nous sommes face à l'a priori selon lesquel deux questions s’imposent à nous. La première amène à penser qu’entre la conception classique du développement et celui de développement durable, d'un autre développement, nous avons affaire à une succession de deux tendances idéologiques, le glissement d’une vision du monde à une autre. Glissement ou transfert? Existe-t-il une réalité des écarts entre les visions du monde dès lors que celles-ci sont construites sur le même socle mémoriel?

La deuxième question dès lors devient: S’agit-il véritablement d’un changement fondamental entre ces deux manières de voir ou d’une perfectible continuité? Y a-t-il changement ou/et continuité entre une conception classique du développement et une conception de développement durable? Pour dire simple, ne sommes-nous pas à nouveau "mijotés aux petits oignons", endormis, tranquillisés, calmés, rassurés, assurés voire ré-assurés par une nouvelle embrouille.

Thomas Kuhn dans les années 70 se demande comment un changement entre deux paradigmes opposées s'oppère. Précisons la définition du paradigme: «les croyances le plus souvent implicites sur le fond desquelles les chercheurs élaborent leurs hypothèses, leurs théories et plus généralement définissent leurs objectifs et leurs méthodes»(Larousse). Thomas Kuhn s’oppose à l’idée de l’acquisition cumulative des connaissances. Il est convaincu que l’homme est guidé dans l’observation et dans l’expérimentation de la réalité par des «lunettes paradigmatiques» qui influencent son regard. Nous sommes tout près des "habitus" de Pierre Bourdieu. Ce paradigme ne s'est-il pas construit dans les sillages des modes de transmission mémorielle et patrimoniale? Le développement durable de résonne-t-il pas comme en écho à l'allongement de la durée de vie de l'individu? En opposant des mémoires comme type de modélisation des acquis les regards prospectifs divergent et s'opposent dans notre quotidienneté. La connaissance ne se développe ainsi pas de manière linéaire, cumulative, mais grâce à des ruptures, des changements, des conflits de génération. Aujourd'hui les logiques de transmission patrimoniale s'enrayent, le modèle mémoriel « saute » une génération. Les héritiers n'y trouvent plus leurs petits! Rien de la société ne s'est préparé à cette révolution non politique des processus sociaux. Tandis qu’en politique la révolution est précédée du sentiment que les institutions existantes ont cessé de répondre d’une manière adéquate aux problèmes, la révolution non politique débute avec le sentiment, restreint à une minorité, qu’un modèle a cessé de fonctionner de manière satisfaisante pour se développer alors que ce même modèle a antérieurement construit sa vision contradictoire du monde. « La force tranquille » des années Miterrand a conduit à déceler une anomalie de fonctionnement aboutissant à une crise. La symbolique de l'entreprise « de père en fils » a cédé aujourd'hui le pas à une entreprise « de père et fils ». Avec l’idée de révolution (même non politique) nous nous trouvons clairement dans un cadre conflictuel, qui exclut la coexistence de deux modèles opposés. Les choses durent et s'enlisent dans une société qui institue la succession d'un patrimoine entre deux retraités inactifs et un actif démuni de toutes autres transmissions que symboliques et mémorielles. Comment ce dernier va-t-il transformer les règles millénaires qui régissent toutes les transmissions à l'égard de ses enfants? Comment ce dernier va-t-il bousculer les modèles de hiérarchisation qui se trouvent aussi devenir obsolètes? Le souci de « restauration de l'autorité » prend tout son sens, en tous les cas autant que la demande « totémique » Freudienne.
Chacun dans son modèle change en étant confronté à des aspects de la réalité qui
provoqunet remise en cause et l'orientation vers des perspectives alternatives. Les mouvances alternatives, altermondialistes, précisent comment deux perspectives au départ opposées s’intègrent graduellement l’une à l’autre. Lorsque nous avons construit le concept de « mémoires en déshérences » nous précisions nous situer entre ces deux explications: d'un côté une approche conflictuelle qui demande une rupture ou d'un autre côté une approche plutôt dialectique, qui permet la coexistence, voire la continuité de deux modèles opposés. Etant donné qu'un nouveau concept propose rarement un contenu totalement novateur nous nous questionnons pour savoir si rupture et continuité peuvent avoir lieu en même temps.

La grande qualité et quantité des définitions et approches du développement durable montre les incohérences et les contradictions de ce modèle partagé avec pour conséquence une conscience collective sous annabolisant, porteuse d'une définition générique exposée et promue, idée universelle. Sa vibration est telle que l'on pourrait être soupçonneux. Tous les contes sont depuis des siècles écrits, comme M. Jourdain qui faisait de la prose en l'ignorant, avec des morales faisant la promotion du développement durable. La rupture du modèle de transmission, la disparition de l'oralité (veillées, repas familiaux...) constituent les symptômes du passage dans une ère nouvelle de post-modélisation où une orientation générale se substitue aux catégories ouvrant à la négociation, à la recherche de solutions momentanées, spécifiques et empiriques. Aux traditions effacées, aux mémoires sans héritier, aux patrimoines oubliés, déformés, sacrifiés, aux portes de l'inconscient et des souvenirs occultés, dans les niches urbaines et les friches industrielles, au coeur de l'espace rural se trouve l'esquisse de la société de demain.




CINEMA "MEMOIRE EFFACEE"

Et si tout ce que vous avez vécu n'était jamais arrivé? Sortie en salle le 1er décembre 2004. Pour en savoir plus: www.columbiatristar.fr/k/memoire
Hantée par la mort de son fils de huit ans, Sam, décédé dans un accident d'avion quatorze mois auparavant, Telly décide de consulter un psychiatre pour tenter de surmonter sa douleur.
Le docteur Munce lui apprend alors que son fils n'a jamais existé, et qu'elle est sujette à des hallucinations. Elle s'est, selon lui, forgé ses souvenirs de toutes pièces… Bouleversée, Telly s'acharne à retrouver des traces de l'existence de Sam – photos, vidéos, cahiers… mais tout a disparu.
Telly pense devenir folle… jusqu'à ce qu'elle rencontre Ash Correll, le père d'une autre victime du crash. Ensemble, ils vont essayer de prouver que leurs enfants ont bien existé pour mettre fin au cauchemar…
La ville de New York apparaît comme un véritable personnage du film. Le tournage a commencé à l'automne à Brooklyn, dans le quartier surnommé « Dumbo » (Down Under the Manhattan Bridge Overpass), situé entre les ponts de Manhattan et de Brooklyn. C'est là qu'ont été filmés les extérieurs de l'appartement d'Ash Correll et plusieurs scènes de poursuite à pied et en voiture lorsque Ash et Telly fuient la police. Le reste du film a été tourné dans d'autres quartiers de Brooklyn et de Manhattan, dans le Bronx et le Queens. Parmi les autres lieux de tournage à Brooklyn figurent des maisons à Brooklyn Heights et la limite ouest de Prospect Park.
Plusieurs jours de tournage se sont déroulés dans le quartier de Wall Street à Manhattan, à la Chase Manhattan Plaza, avec sa sculpture « Groupe de quatre arbres » de Jean Dubuffet. La scène où Telly se trouve à la bibliothèque de Brooklyn a été en fait tournée à la General Society Library sur la 44e rue à Manhattan, la deuxième plus ancienne bibliothèque de New York, et l'une des trois bibliothèques privées qui restent à Manhattan. Bâtie dans les années 1890, elle fait partie de la General Society of Mechanics and Tradesmen de la ville de New York.
Plusieurs scènes ont aussi été tournées à l'extérieur de New York, notamment au Harriman State Park à Rockland County et à l'aéroport de Westchester à White Plains, ainsi qu'à Long Island, dans une maison sur la plage à Hampton Bays et dans les dunes du Caumsett State Historic Park à Huntington.
Les intérieurs ont été tournés à l'ancien Military Ocean Terminal de Bayonne, dans le New Jersey. Plusieurs décors y ont été construits, dont l'intérieur de l'appartement d'Ash, un cottage, la maison du Dr Munce, une chambre de motel, le commissariat, un bureau de compagnie aérienne, l'étage de la maison de Telly et un ancien hangar en ruines où se déroule l'une des scènes les plus intenses du film. Dan Jinks souligne : « Manhattan est une sorte de présence inquiétante qui regarde par-dessus l'épaule de Brooklyn, et agit comme un véritable personnage du film. Nous avons en outre tourné en automne et en hiver, quand la lumière est faible, blafarde, et angoissante, particulièrement à Brooklyn. » Bruce Cohen ajoute : « En tournant à New York même, nous avons pu saisir l'atmosphère particulière que seule cette ville possède. » Tourner à New York signifiait aussi affronter une météo imprévisible et capricieuse. Steve Nicolaides raconte : « Le réalisateur et le patron du studio voulaient que le film ait un style visuel froid, hivernal. Nous avons commencé à tourner fin octobre, une époque très instable sur le plan météo parce qu'on passe de l'automne à l'hiver. L'histoire, elle, se déroule sur seulement deux semaines. Il faut donc faire attention à ce que ce qu'on tourne en octobre soit toujours valable quand on tourne en janvier. »
Joseph Ruben souligne : « Le quartier de « Dumbo » convenait idéalement au style et à l'ambiance de THE FORGOTTEN. Nous voulions des lieux ayant quelque chose de légèrement décalé. Certains endroits de ce quartier sont carrément désolés. Les formes des ponts et des routes surélevées ont quelque chose d'un rêve, et même d'un cauchemar parfois. La rue où vit Telly semble idyllique, mais il y a cette route juste derrière… Dès le départ, il y a une tension entre ces deux lieux. »
Joseph Ruben a établi dès le départ un ensemble de règles visuelles pour le style du film. Il explique : « Nous voulions une atmosphère générale glaciale mais très belle, avec une lumière chaude seulement dans les chambres des enfants. Nous avons utilisé de longues focales pour donner un sentiment de paranoïa, l'impression d'être observé, et des optiques grand angle pour donner une vision légèrement distordue de ce monde. Pour la couleur, nous avons pratiquement tout supprimé, sauf dans les scènes impliquant les enfants. Il n'y a pas de rouge dans le film, sauf le roux des cheveux de Julianne. »
Le directeur de la photo, Anastas Michos, ajoute : « Le style visuel est principalement réaliste. Même si nous voulions que le film conserve en permanence une perspective, la sensation d'être épié, nous ne nous sommes jamais écartés d'un sentiment de réalité tangible. J'ai utilisé une pellicule qui me permettait pas mal de liberté. Dès le départ, j'ai voulu utiliser un intermédiaire digital. Pour les objectifs, nous avons employé un package standard Panavision Primo, en restant surtout dans les focales longues de la gamme. J'ai utilisé un objectif 75 mm pour les plans les plus larges mais nous pouvions aller jusqu'au 300 mm pour des plans plus serrés. »
Le chef décorateur Bill Groom fait équipe avec Joseph Ruben depuis dix ans et a vécu à New York pendant vingt ans. Il était heureux d'y tourner et confie : « Lorsque j'ai lu le scénario, j'y ai tout de suite senti Brooklyn. Ce film se partage en deux styles, d'un côté les souvenirs, et de l'autre le présent. J'ai toujours eu le sentiment qu'en raison du stress émotionnel de Telly, ses souvenirs lui semblent plus vrais, plus vivants que le présent. Ses souvenirs sont en un sens plus concrets, plus réels pour elle. Le passé est donc en terme de décors et de photo plus coloré et vivant que les scènes du présent, qui sont dans des couleurs plus sombres. Pas totalement monochromatiques, mais très atténuées.
« Le Brooklyn que nous montrons à l'écran est le vrai, celui où vivent les gens, avec sa superbe architecture qui fait son charme. A Brooklyn Heights, il y a quantité de maison datant d'avant la Guerre civile. Il y a là-bas tout un monde que la plupart des gens, y compris les New-Yorkais, ne connaissent pas. Ce quartier est un peu en retrait de la ville, mais suffisamment près pour se rendre à Manhattan à pied en traversant le Brooklyn Bridge. C'est un endroit vraiment particulier et très intéressant, qui répondait parfaitement aux thèmes du film. »
Joseph Ruben a signé la réalisation de plusieurs films majeurs portant sur les relations tumultueuses des familles modernes, notamment "Les Nuits avec mon Ennemi" avec Julia Roberts, "Le Bon Fils" avec Elijah Wood et Macaulay O'Quinn et le "Beau Père" avec Terry O'Quinn. Réalisateur éclectique il a par ailleurs signé le drame à suspense "Loin du Paradis", le drame de prétoire "Coupable Ressemblance", et le thriller de science-fiction "Dreamscape". Avec Jospeh Ruben le plaisir du cinéma se décode par strates... derrière des repérages et des décors qui ne laissent pas indifférent, la réalisation d'un véritable thriller, une direction d'acteurs accomplis comme Julianne Moore, se distingue dans les multiples flous une véritable question de société.

VAGUE A L'AME ... DES CAFES !

L'Âme du vin disait Beaudelaire, résonance, écho, temps, mémoire... et l'Âme des cafés, qu'est-elle devenue. Où est-elle à présent cette Âme? Nous sommes partis à nouveau sur la piste d'une nouvelle mémoire en déshérence. Table de bois et chaises assorties, petit comptoir, zinc, poignées d'habitués, tapis de jeu tirent leur révérence. Ceux qui subsistent, ici et là, au détour d'un vieux quartier populaire, au coeur de rues historiques, sur la place de quelques hameaux de campagne savent que leurs jours, désormais, sont comptés.
Un peu partout se lèvent sur des lieux transformés et méconnaissables des cafés en toc, grenouilles qui désirent se faire aussi grosses que le boeuf. Cafés brasseries, snack-bars, self-service, restauration rapide, en vérité plus rien d'humain ne se passe. Le bistrot par excès de convoitise a enflé, s'est peuplé et déformé de personnels désinvestis. Le patron gère, comptabilise, rentabilise, augmente le chiffre associé à ses m2. Il ronge les commerces voisins pour affirmer une identité commerciale et essaimer quelques autres établissements où la cuisine est devenue laboratoire.
Il ne croit pas si bien dire ce nouveau temple de la mondanité, aux serveurs syndiqués, grimés et costumés, lorsqu'il propose une assiette froide. Il n'y a pas que l'assiette de froide! Tous les personnages installés s'exposent tels des mannequins de vitrine sous des tenues vestimentaires anonymes.
Il ne fait pas bon se distinguer dans ces lieux de comparaison des égos. Accueilli avec une célérité autant figée qu'un oeuf en gelée assurant qu'on n'est pas là pour musarder, l'assiette froide a pris des cours de mise en scène. Me serais-je trompé, aurais-je fait erreur? A première vue l'assiette est superbe, appétissante. Sur le point de me remettre en cause je me suis aperçu, dès les premières bouchées que l'étincelante sardine, le thon, l'oeuf mayonnaise, les six radis avaient tous la même absence de goût, la même inconsistance. L'assiette est parfaitement froide et n'évoque pas plus de plaisir que l'expression corvéable des serveurs, du dresseur d'assiette que je n'ose plus nommer cuisinier. Au limonadier s'est substitué une clé, la clé du chiffre d'affaire de chacun. Ici le café est une entreprise froidement commerciale où la carte se discute comme une cotation boursière, les clients sont accueillis par le chronomètre caché. Boire sa tasse de café ici à un temps. Tu deviens multiple, consommateur et outil de travail, tu fais parti de la chaîne de production, Taylor n'est pas loin. Pour un apéritif tu bénéficies de quelques minutes supplémentaires et associé aux tarifs affichés ton temps de présence est calibré.
Mon assiette froide qui s'intitulait « campagnarde » se montrait copieuse. Mais l'abondance est aussi ici la façon d'emballer les mets, tout compte fait il n'y a que l'apparence dans l'assiette, il n'y a que l'apparence qui compte. A chaque coup de fourchette les volumes s'effondrent. A l'huile et au vinaigre on a ici l'art d'ajouter du vide, on sait aérer la salade, gonfler les miettes de thon, présenter un confetti de saucisson en volume, élargir la tomate. Tout ça finalement est-il vraiment intéressant à soulever?
Se nourrir du vide, c'est une expression symbolique, encore une fois, de tout un monde.


29 MILLIONS D'ORDINATEURS, ET MOI, ET MOI, ET MOI !

Si l'on tient compte du principe acquis de la persistance pour "fixer" une image, un individu en éveil va "enregistrer" prèsde 400 millions d'images soit pour une vie de 70 ans 28 milliards d'images. Effectuons maintenant une comparaison avec les capacités de stockage informatique pour le même nombre d'images en attribuant un poids moyen de 700 ko par image: cela nécessiterait 29 500 000 cd rom, 6 millions de dvd! Traduisons en nombre d'ordinateurs suffisants pour non seulement stocker dans leurs disques durs ces images mais aussi pouvoir les gérer en terme d'accès, de classification, d'identification... 240 000 ordinateurs "familiaux" de dernière génération en date du printemps 2004 seraient nécessaires! Reprenons notre personnage et ses 70 années d'existence et supposons que tout ce qu'il voit soit continuellement filmé, il faudra compter sur la mise en service (chaque mois!) de 285 ordinateurs supplémentaires pour stocker et gérer son capital d'images. Notons là que nous aurions qu'un film muet et que nous n'avons pas considéré l'espace utile pour stocker et gérer les mémoires sonores. Quand aux sens kinesthésiques et les émotions la mémoire informatique ne sait pas encore les traduire. L'exercice est un peu puéril mais il est fort représentatif des formidables capacités de mémoire d'un individu.


QUESTIONS SUR LA MEMOIRE

Nous nous souvenons à toute heure, mais comment nous souvenons-nous? Réduits à un seul moment de la durée, comment pouvons-nous, sans sortir du présent, remonter le cours des années écoulées? Chacun de nous se rappelle le passé, car chacun de nous a de nouveau des pensées et des sentiments qu'il sait déjà avoir eus; mais comment sait-il qu'il les a déjà eus? Si ces pensées et ces sentiments ne sont pas identiquement les mêmes, comment peut-il les reconnaître, quand ils se reproduisent? Et, s'ils sont les mêmes, que sont-ils devenus aussitôt après leur apparition première? La mémoire sert à déterminer la reconnaissance. Pouvons-nous dire que nous reconnaissons un objet, quand en le revoyant, nous pouvons le comparer et le trouver, en tout point, conforme à l'image idéale (et non réelle) que nous nous en étions déjà faite? Ramener la mémoire à l'habitude est-ce dériver l'ignorance de sa source la plus élevée? Reprenons l'article précédent avec notre analogie informatique et considérons l'ordinateur éteint. Au moment de sa mise en marche un protocole se déroule affichant un fond d'écran, des outils sur ce qu'on appelle le bureau, une barre d'outils, une barre de taches, parfois une ouverture automatique de quelques fonctions, tout cece est l'habitude. Ne s'active là qu'une part infime des données en mémoire. Isolons de la même faon les souvenirs. Ils sont en fait les dossiers visibles de l'ordinateur lorsque celui-ci est en marche. Il suffit de cliquer dessus, de les activer poàur accéder à leur contenu. Or toute la mémoire n'est pas là. Des dossiers sont rangés, d'autres cachés, certains oubliés, dérangés et cet ordre malgré nous se constitue par automatisme. Ce classement est toujours, une fois l'habitude et les souvenirs enlevés, la part la plus importante de stockage de mémoires. En même temps que je me souviens, je crois à mon souvenir: d'où vient cette foi donnée à ma mémoire? L'objet de la mémoire est-il nécessairement une chose passée? L'objet de la perception et de la conscience est-il une chose présente? L'objet d'un souvenir peut-il être saisi par les sens ou la conscience? La mémoire est-elle un moyen de nous induire en erreur: celui de nous faire prendre ses données pour les données de la perception elle-même? Comme dit le proverbe ne serait-ce pas la mémoire qui nous pousse à prendre "les vessies pour des lanternes"? Quand la mémoire connaît une altération il a été observé dans sa reconstruction un ordre inverse de celui qui a été observé lors de sa perte. Le souvenir des faits se reproduit d'abord, le souvenir des adjectifs précède le retour des substantifs, celui des noms propres reparaît le dernier. L'écriture se fait moins attendre que le langage articulé, la faculté de lire est intermédiaire entre l'une et l'autre. Il n'est pas impossible de trouver une situation qui fasse que l'on puisse écrire un mot qu'on ne peut plus lire ni prononcer... la mémoire de la main ne se confond pas avec celle qui sert à la parole. Nous avons tous pratiqué ceci lorsque, se heurtant à une difficulté orthographique d'un mot, nous saisissons un stylo pour laisser la main rechercher la bonne orthographe. Les époques, les territoires, le tempérament, l'éducation, les goûts, la profession, tout influe sur la mémoire? Tout modifie, transforme, façonne la mémoire. La mémoire vit-elle exclusivement sous influence? Se souvenir n'est autre chose que concevoir reconnaître ce que nous avons auparavant perçu; or la faculté de concevoir et de reconnaître ce que nous avons déjà perçu nous vient uniquement du pouvoir que nous avons d'associer entre elles diverses idées, et l'association des idées, à son tour, dépend exclusivement du pouvoir de contracter des habitudes, qui est propre au principe de la pensée. La mémoire n'est-elle donc qu'une habitude?


L'ENNUI ET L'OUBLI, DE L'INTRANQUILLITE...

 Il est des questions lancinantes qui dérangent à force d'inertie. Des questions qui peuvent attendre que ça passe, qui délinquent. L'oubli est de celles-ci. Son évocation n'éxige guère de fioritures inutiles. L'oubli par définition est rien! Il pèse du vide qu'il creuse et laisse en nous, omni-absence qui imprègne la réalité. De l'intérieur que dire de l'oubli hors cette singulière approche de la solitude. On est toujours seul face à l'oubli.

De l'oubli à l'ennui il n'y a qu'un pas. Ce pas happe et paralyse. De l'oubli et d'ennui nous sommes tout à la fois le sujet et l'objet, le coupable et la victime. L'oubli et l'ennui ne cherchent pas, rendent impossible la sortie de l'enfermement. Ils traduisent dans des mots d'une force désarmante la peur, l'appréhension de la nouveauté. L'oubli est le refuge de l'ennui, rédition programmée où la monotonie est mode d'existence. Laisser alller l'ennui pour nourrir l'oubli. Car de l'un et de l'autre on n'attend rien sinon qu'ils passent. Ils nous crient la pauvreté du vécu, la dissolution des sens de l'existence, la perte des intérêts, de la curiosité et du désir.A nos yeux sont-ils même digne d'intérêt? S'échapper et l'évitement sont les remèdes d'une société qui symptomatise l'activité. Il ne fait pas bon laisser place à l'ennui, ni à l'oubli dans nos emploi du temps. L'urgence est toujours dans ce qui peut se régler et non dans ce qui ne connaît pas de solution. Débusquer l'oubli pour y tourner le dos aussitôt, traquer l'ennui pour le combler... question d'organisation.

Piètre société dont les pouvoirs nient les mémoires en les exposant. Modernité suractive de politiciens parés d'histoires en faux semblant destinées à éradiquer l'ennui en gonflant la poche à oubli. Difficile de fuir, inconcevable de résister, insoumission marginale... Désirer l'ennui, se complaire dans l'oubli reviendrait à rompre les circuits économiques, viderait les hypermarchés, provoquerait la faillite des armées de surendettement et de crédit, ferait s'écrouler les statues de nos élus, leurs mythes et symboliques de domination. Savoir si la conduite intuitive d'une telle issue serait dramatique ou pas n'est pas affaire de choix ou de volonté, ce n'est même pas notre affaire. Nos penchants exacerbés avancent tête baissée car aux côtés de nos oublis, de nos ennuis règnent en tyrans oublis et ennuis collectifs. Bestialité meurtrière d'un culte en promotion permanente voué à la destruction de l'individu, récurrence de nouveautés en auto-reproduction.

Ailleurs, toujours plus haut, plus large, plus gros, plus gras, obèse jusqu'à ce que, l'horizon bouché il n'y ait plus rien à explorer. Chiche, encore de l'ennui et de l'oubli à défier pour revenir, toujours moins loin, moins haut, moins large, moins gros, moins gras, anorexique jusqu'à ce que l'horizon dégagé il n'y ait aucun somment à atteindre.

Je n'ai pas le temps d'attendre. J'aimerai tellement avoir le temps de m'ennuyer. Je vais me remettre à bouger. C'est peut-être une idée. Je ne sais pas quoi faire. Attention, viser en dehors de l'ennui pour tuer le temps qui paraît long ne sert à rien, rien qui ait suffisament de sens pour attirer notre attention. Attention, viser en dehors de l'oubli pour tuer l'inexistance de soi qui nourrit le manque de confiance ne sert à rien, rien qui ait suffisament de sens pour éveiller notre existence.

S'il n'y a plus d'envie, plus de désirs, plus rien qu'un rien encombrant reste la douleur invisible de la soumission pour miuex distiller le goutte à goutte mesuré d'une fuite en avant, enchaînés que nous sommes aux revenus du pouvoir. Occuper, remplir, tuer le temps, anéantir l'ennui, pulvériser l'oubli pourvu qu'on n'en ait pas. Il ne nous reste plus qu'à nous taire maintenant en présumant qu'ennuis et oublis soient affaire de silence... devoir de mémoire!

J'ai écris ces quelques lignes en hommage à Fernando Pesoa... de l'intranquillité...


BONNES VACANCES

Je vous propose une approche sociologique et anthropologique du voyage. Petite ballade dans le temps avant vos escapades de vacances. Qui dit voyage dit déplacement, qui dit sociologue dit déplacement, l'un autour du monde l'autre autour de l'objet... et si notre objet était justement le déplacement autour du monde, de l'autre, donc de soi! Prenons donc la route, attachez vos ceintures. ça va secouer les idées toutes faites, le voyage est au bout de la route.

A la fin de l'époque médiévale l'entretien des chemins est délaissée de peur du brigandage, les seigneuries préfèrent entraver le passage sur leurs terres. A la fin du 14ème siècle il faut six jours à un courrier royal pour effectuer le trajet Avignon-Paris, près d'un mois pour un groupe de voyageurs. En 1464 Louis XI crée la première poste duRoy et vont se multiplier les routes postales. En 1552 est publié le premier guide des chemins de France. L'entretien de ceux-ci commence a devenir problématique et un impôt sur le sel, la gabelle, va constituer la base du premier fond d'investissement routier. A la fin du 17ème siècle Colbert crée les Ponts et Chaussées et commence à faire planter des arbres le long des chemins. Sully, mlinistre connu pour sa poule au pot dominicale continuera le travail de plantation et fidèle à lui-même installera des auberges le long des chemins. En 1763, nous venons en toute légèreté de traverser cinq siècles, la 1ère diligence pour voyageurs relie Lyon à Paris à travers les routes, vignes oblige, de Bourgogne en moins de d'une semaine avec un attelage et un équipage impressionnants. En 1789 le décor routier est planté pour la révolution mais une autre révolution s'opère en Ecosse. Elle éclatera en 1816 à l'initiative de John Mac Adam qui va refaire les chemins à l'aide de graviers et de pierailles, le tout étendu sur un lit de pierres plus larges en veillant à ce que la route soit convexe afin que la pluie ne pénètre pas les fondations. Puis tout va formidablement s'accélérer puisque 30 ans plus tard la diligence Bordeaux Paris va faire le trajet en 48h, la malle poste en 36h et moins d'un siècle et demi plus tard, et oui en 1990, le bilan routier de la France est impressionnant. Son réseau est un des plus dense de la planête et s'étire sur plus de 750 000 km de voies routières, hors chemins.

Nous voilà arrivés au débit de la grande route du voyage, le chemin en est tracé! La route indiscutablement manifeste son caractère et sa singularité, elle indique le chemin à prendre mais aussi celui à éviter. Tout d'abord la route est codifiée, en France par le Code de la Route en 1921 (à cette date il reste 22 000 chevaux à Paris alors que s'installent les premiers feux rouges, 20 ans plus tôt 110 000 chevaux permettaient les déplacements parisiens... il y a un siècle tout juste... à peine trois générations! ). Il y a code et code, selon la culture d'où l'on vient et l'endroit où l'on se trouve. L'adaptation est indispensable et peut prendre un certain temps! Mais partout, hélas, le mauvais conducteur c'est toujours l'autre, jamais soi: c'est en grande partie là l'origine des hécatombes routières. On ne circule pas chez l'autre comme on roule chez soi tout comme on ne voyage pas en Tanzanie comme on voyage au Danemark. Prenons justement le seul exemple parmi une infinité des nombreux pays émergents où l'on ne roule pas à droite ou à gauche mais au milieu de la route. Quels sauvages, c'est très dangereux s'exprimeront à leurs retours nombre de touristes. Certes, mais n'est-il pas fort risqué, souvent après la tombée de la nuit, de rouler en bordure de la voie et cela pour mille et une raisons: petits enfants, écoliers rentrant de l'école (la nuit tombe très tôt en s'approchant de l'équateur), poules et chiens, troupeaux, vaches et buffles qu'on ramène des champs et des rizières, vélos et motos sans feu arrière, char à bras, panneauxet pancartes, colporteurs et vendeurs d'étals à même la chaussée, gargotes installées au bord de la route, absence de marquage au sol, gendarmes et militaires couchés sur le sol et j'en passe... Finalement avec une telle occupation des bas côtés de la chaussée la voie la plus sûre et raisonnable ne consiste-t-elle pas à rouler au milieu de la route!

La vitesse est aussi une composante du voyage. En 1990 la vitesse est encore limitée à 20 km/h en ville et 30 km/h à la campagne. 50 ans plus tôt en Grande-Bretagne la vitesse était limitée à 6km/h sur route et 3 km/h en ville. Quelle accélération étourdissante en 150 ans! La réalité dépasse la fiction. Nourrissons maintenant notre réflexion de diverses informations un peu en vrac, mais pas tant que ça, vous en jugerez lors de notre conclusion.

La première auto-mobile, ou plutôt automobilité mécanique est la byciclette. Premier mode de déplacement en Chine et Asie du Sud Est, premier objet de convoitise au rang des objets volés: à Strasbourg en 2002 environ 30 000 vélos volés!
Autre aspect du grand écart de soi à l'autre, l'autre étranger: les distances journalières parcourues. Elles sont de 6 à 7 km par habitant en Inde et en Chine à 45 km en Amérique du Nord pour une moyenne mondiale de 14 km par habitant. Ecart parfois tout aussi important entre certains déparetements français.
Le premier guide touristique date de 180 après JC. Rédigé par Pausanias et à destination des romains désireux de se rendre en Grèce et indiquant outre les itinéraires un bon nombre de bonnes adresses.
Lorsque le Botswana n 1906 obtient son indépendance il ne compte qu'un seu km de route goudronné dans la capitale.
Impossible d'éviter quelques mots sur l'automobile dont le permis de conduire est délivré en 1924, exclusivement aux hommes, par l'Union Nationale des associations de tourisme.
Alors qu'en 1951 60% des vacanciers partent en train et 24% en voiture, 6 ans lus tard ils sont 47% à utiliser le train et 41% la voiture. De nos jours et dans l'ensemble des pays d'Europe occidentale ce sont plus de 55% des voyageurs touristiques qui partent en voiture avec un taux de plus de 65% pour l'Allemagne, la Hollande et les pays Scandinaves.
En quoi la voiture est une redoutable force de décivilisaton et un véritable agent de colonisatioin? Grâce à André Citroën et son scarabée d'or, sorte d'autochenille d'allure grossière qui en 1922 fait la traversée du sahara,en 1924 la Croisière Noire et en 1931 la Croisière Jaune qui reprenait l'itinéraire de la route de la soie et de l'ensemble des axes de conquêtes coloniales européennes.
Arme de destruction massive la voiture tue chaque année environ 10 000 personnes par an en France, 90 000 sur les routes européennes, 50 000 aux Etats-Unis, 3 500 au Canada... jamais aucune guerre n'a causé de telles hécatombes: près de 2 millions de morts ces dix dernières années pour ces seuls pays et puisque nous utilisons la métaphore militaire nous ne comptabilisons pas là les dégats dits collatéraux et les millions d'invalides laissés sur les bords des chemins.
Le pays par excellence de l'automobile est la France. En 1899 on compte plus de 6 500 automobiles contre 688 pour l'ensemble des Etats-Unis, 434 en Allemagne ou 412 en Angleterre!
Laissons ces informations s'inscrire dans nos esprits pour revenir à l'objet de notre rencontre: le voyage. Vous verrez les liens se faire automatiquement.

Le tourisme est né en Occident et poursuit sous une forme d'apparence pacifique l'immense œuvre coloniale restée inachevée. Si je me suis attardé sur la route, la voie de circulation c'est que le mot vient du latin "via" qui a donné en français le mot voyage mais aussi voyou (en référence aux comportements routiers précédemment évoqués) mais aussi convoi (justement conçu pour se défendre des dits voyous). Le dieu Hermès, dieu du voyage, dieu errant et nomade de la mythologie grecque est le maître des routes, mais aussi le patron des vagabonds et des cambrioleurs. Il possède le don d'ubiquité et relie l'ici et le là-bas. Il est une remarquable passerelle entre les mondes. C'est là la vraie définition de la délinquance qui consiste à déplacer les objets d'un endroit à un autre. De fait le racisme est plus présent sur les routes que partout ailleurs dans l'espace social, tout comme le machisme. Si le routard est fréquent, la routarde l'est moins. Le mythe du voyage s'est construit dans et par la violence masculine au nom de la Sainte Civilisation: les routes coloniales de l'ex Indochine, les routes du Far West américain, les routes du Japon féodal, des croisés, la supra pythique route de tous les aventuriers, la route de la soie devenie route des épices, de l'esclavage et du trafic d'êtres humains à toutes les époques (même de nos jours) et aujourd'hui route du wahhabisme islamique.

Lorsque les touristes débarquent en hordes organisées pour découvrir une civilisation, il est fort à parier que cette dernière a bel et bien disparu. Le touriste entretient une fascination à la mort même dans le cadre assoiffé des parcours culturels qui fixent des oeillères aux voyageurs sur le seul regard des patrimoines et vestiges de civilisation en ignorant l'être humain, l'autre étranger qu'ils croisent sur la route. De plus voyager collectivement sur les autoroutes des vacances (au fait saviez-vous que l'inventeur de l'autoroute était Hitler?) appelle à plus d'animalité, de grossièreté, de vulgarité aussi. Les rassemblements de touristes augurent souvent du pire, plus rarement du meilleur. C'est un fait, la multitude invite plus facilement la barbarie à s'exprimer. Pourquoi en serait-il autrement avec les touristes?

Plus la route est modeste, plus elle s'affirme humainement praticable, et plus celui qui l'emprunte a de réelles chances de trouver une voie singulière: sa voie, sa route. Le voyage devient alors intérieur, voyage propice à l'intimité, au respect de soi comme de l'autre, le passage à une altérité radicale.

Entre errance et partance, c'est finalement la route qui prend l'homme et non l'inverse! Le maillage de la terre est associé au tissage du lien social, et la route sert de main tendue. L'art de pratiquer le voyage, c'est d'abord l'art de chercher son chemin ouvert à tous les vents, de repérer sa propre et unique voie ou encore de s'orienter dans l'espace comme dans la vie. Franchir le seuil puis s'ouvrir à l'horizon pour mieux découvrir. Aujourd'hui plus que jamais il importe de se dérouter pour mieux voyager. Je ne peux que vous inviter à découvrir le programme d'un voyage pensé par Les Mangeurs de Lotus. Il s'agit d'une randonnée chamelière entre Essaouira et Agadir au Maroc... inoubliable et merveilleux. Bonnes vacances.

PAPA!

Nous prendrons pour guide les propos exprimés par Luc Boltanski et Eve Chiapello :Notre ambition a été de renforcer la résistance au fatalisme, sans pour autant encourager le repli vers un passéisme nostalgique, et de susciter chez le lecteur un changement de disposition en l’aidant à considérer autrement les problèmes du temps, sous un autre cadrage, c’est-à-dire comme autant de processus sur lesquels il est possible d’avoir prise. Il nous a semblé utile, à cet effet, d’ouvrir la boîte noire des trente dernières années pour regarder la façon dont les hommes font leur histoire. C’est en effet parce qu’elle constitue, en revenant sur le moment où les choses se décident et en faisant voir qu’elles auraient pu prendre une direction différente, l’outil par excellence de la dénaturalisation du social que l’histoire a parti liée avec la critique.   Nous n’aurons pas d’autre satisfaction que celle d’avoir vidé le tiroir dérangé d’une commode. Plus particulièrement ces meubles pas assez nobles pour pénétrer dans les salons, ceux que l’on relègue dans les entrées, qui héritent des innombrables traces destinées à l’oubli et dans lesquels on vient fouiller à la recherche d’objets ou de clefs perdus ! Ces tiroirs si souvent et facilement accessibles aux enfants dont rien de ce qu’ils contiennent ne paraît précieux, sauf au regard de celui qui découvre, re-découvre l’insignifiant égaré et le replace, le dérobe, l’extrait, délinque sans autre malveillance que le désir de comprendre et savoir ce que ce bazar peut bien faire dans ce tiroir !


La mémoire ? Les mémoires ? Le mémoire ? Rares sont les mots de la langue française qui possèdent autant d’orientations qu’ils ont de genres ou de nombres. Masculin, féminin, pluriel, la mémoire ne répond pas à un concept en particulier mais a de particulier de répondre à tout ! De la justification par l’oubli involontaire, Ah, désolé, j’ai oublié !, à la justification par omniprésence du souvenir inoubliable Ah, ça restera gravé dans ma mémoire ! le présent se conjugue facilement au passé. Parce que le sentiment d’évidence se dissout à l’évocation de la mémoire, le mot est problème... avant qu’il ne le pose. L’emploi du mot ne correspond pas à une notion précise, désigne des choses fort différentes, échappe à la définition et par conséquence à l’expression d’un sens.

Faisons un détour par les rayonnages des hyper marchés. Mamie confiture, grand mère café ou yaourtière, oncle qui "riz" maintiennent un lien mensonger au passé, une mémoire quasi muséale en exposition dans les rayons. Nous ne pouvons que nous questionner là sur deux des sens du mot conservateur ?, responsable de patrimoine ou additif alimentaire, les objets semblent bien proches. Où sont les sens, les gestes, les parfums, les crépitements de cuisson, la chaleur du four, ... Un jeu avec le temps provoque au détour de la vie, l’envie de refaire. On téléphone pour une recette. Mais quels ingrédients cherchent-on vraiment au travers de cette requête ? Quelle récompense ? Quel amour ou désamour se transmet-il lorsque sonne l’heure de passer à table ? L’essor des viennoiseries qui dégueulent toutes vitrines ouvertes le parfum de leurs brioches aux passants l’ont bien compris. La clef des sens conduit-elle à la clef des songes, ou bien est-ce l’inverse ? Nous retrouvons, encore une fois, les aspects les plus primitifs liés à la conscientisation de la mémoire. Mémoire des sens et du corps, comme si rien n’avait changé depuis Descartes.

Nous n’omettons pas ce que nous nous "freudonnons" à l’oreille à l’écoute des propos qui nous sont contés. Au diable les occurences, la mémoire doit également exercer une réflexivité sur son action. Cette ampleur d’une vie intériorisée entrave la prise de conscience des parasitages et des détournements. La mémoire rencontre d’innombrables difficultés et ressemble à l’étranger qui ne voit que ce qu’il sait déjà de l’univers qu’il découvre...rien, lorsqu’il ne sait rien !

Dans les souvenirs installés et commémorés, mémoire muséale et adorée se situeraient les entraves aux projets individuels. Du ressouvenir, strate profonde de la mémoire pourraient s’extraire les méthodes de la conduite des projets aboutis, de nouvelles histoires, d’une nouvelle histoire dénuée de conscientisation, créatrice, libératrice. On peut se souvenir alors de Galilée, Copernic, Léonard de Vinci... L’instant vient de la mémoire et ce sont les sous-venirs de sous la mémoire qui re-viennent de l’oubli. Notre travail conduit à observer que le questionnement de la mémoire éveille l’instantanéité d’une image. La visualisation de celle-ci a pour effet de déconstruire la contemporanéité. Il n’y a pas d’arrêt sur image prolongée. La lecture rapide arrière se met immédiatement en fonction et provoque une translation projective. Ceci met en lumière deux sens opposés où nous distinguerons le poids de la nostalgie en regard d’échecs de projets de vie, et l’expression de pouvoirs dominants puissants. Dans ces re-tours, il peut se distinguer comme un tour de passe-passe que le témoin verrait à nouveau sans jamais distinguer l’habileté de la prestidigitation. Nous observons très précisément ce que nous allons nommer une prospective paradoxale...pouvoir de domination absolu.

Il ne s’agira plus au terme (jamais accompli) de notre travail de seulement analyser et examiner les différentes formes de mémoire, d’histoire orale et d’histoire écrite, mais de réfléchir sur le poids qu’exerce la mémoire comme facteur fondamental sur l’instrument qu’elle peut devenir aux mains des inventeurs d’états nations et par redondance aux mains des maîtres d’institutions.

Observée la mémoire se manifeste capricieuse, transmission qui tout à la fois intègre et oppose, rassemble et disperse, normalise et distingue, jamais saisissable, toujours entre, par dessus, en dessous, chevauchant à la jonction des sociétés et des contextes locaux, des institutions, des particuliers, dans les transversalités, les intersections des itinéraires individuels où les fissures des héritages matériels et/ou symbolique.

Ils ont aujourd’hui 65 ans, dix ans de plus, dix ans de moins, peu nous importe. Ils avaient moins de dix ans à la libération, une vingtaine lors de la décolonisation. Amère frustration transmise de leurs pères, vécue par ces jeunes gens qui brutalement, pour ne pas dire avec brutalité, durent abandonner leurs esclaves du bout du monde. Arrive la trentaine et mai 68. Le plein emploi, les fruits du pillage colonial sont placés dans des acquisitions monstrueuses de patrimoines immobiliers et industriels gonflant de fait les gains de la collaboration, les gamins peuvent jouer du pavé avec les forces de l’ordre...ça ne sèmera pas le désordre. Pendant que papa s’occupe de tout, les fistons s’organisent une libération sexuelle qui n’écarte pas les attouchements sur mineurs, qui fait de l’inceste un mode de vie, sous les "tabous" la plage, sous le "totem" les pavés. Mais ce n’est pas tout, cette même génération consomme son énergie comme de l’eau de pluie, fume sans danger, lave sa voiture au bord des points d’eau et s’adonne à faire sa vidange dans les champs. Ils offrent à leurs femmes la liberté de travailler, de voter accessoirement, et de s’équiper en électro ménager afin qu’elles n’omettent pas leur taches ménagères dans tout cet élan d’émancipation. Fort de l’exemple de papa le fiston va promouvoir son nouveau Dieu : l’hypermarché. Aux colonies perdues inventons la mondialisation, à nos esclaves disparus substituons nos enfants. Ils ont aujourd’hui 65 ans, presque 70, leurs enfants une quarantaine d’années. Ces derniers voient s’évaporer les acquis de leurs parents, parce qu’ils ne veulent pas les transmettre. 

Nous, nous soutiendrons que la mémoire collective s’est construite en faisant abstraction des mémoires individuelles, avec des souvenirs imaginaires, forgés par des instances externes et imposées à l’individu. Nous conviendrons à l’écoute attentive de nos rencontres que l’individu absorbe les souvenirs qui lui sont suggérés par la culture dominante et qu’il les ajoute au stock de mémoire vivante qu’il partage avec les autres membres de sa communauté que celle-ci soit structurée et de proximité, ou qu’il s’agisse du groupe "national". Rendre la manipulation visible est une manipulation en soi qui oriente le débat. Manipuler l’intimité c’est permettre à l’art de l’exercice du pouvoir d’user de toute la perversité qui lui permet de subsister sans jamais se faire remarquer.

Ils ont 65 ans et plus, ils détiennent toujours le pouvoir, ils ne le lacheront pas. Ils ont formé leurs chiens de garde pour assurer la sécurité de leurs méfais, ils te font bosser pour entretenir leurs piscines, ils te font payer une redevance pour l’usage d’une drogue permanente télécommandée, ils t’ont mis sous perfusion de pétrole, de plastique, d’OGM, de boulot, de claques dans la figure et soumis que tu es, tu prends tout ça sans bouger, sans le remarquer, sans rien contester, sans rien combattre. De toute façon, comme l’a exprimé notre Premier Ministre, tu n’as même plus les moyens de t'exprimer, et puis, il faudrait que tu sois convaincu d’une chose, d’une petite phrase qu’il te demeure impossible à penser, et encore plus à dire : "Merde Papa !".

LES CROISES DE BRUXELLES

"L’emblême positive le négatif, l’ignorance et l’indicible. Pour appréhender ce mécanisme de renversement de l’absolu indisponible en absolu de toute-puissance il faut prendre en compte la religion magique, la nature d’invocation, pour ne pas dire d’incantation, inhérente à l’objet emblématisé, fût-il aujourd’hui objet de masse". Pierre Legendre (De la Société comme Texte, Fayard, Paris, 2001).

Par le jeu de l’emblème, du totem freudien, les institutions s’emparent de l’écart temps entre le moyen-âge médiéval et notre techno-science-économie. Elles le contrôlent et tiennent l’inconscient du citoyen en respect. La mondialisation fige l’opposition entre mythe et réalité, ne distingue plus le conservateur alimentaire du conservateur de patrimoine se réservant l’argument ultime : la menace d’user de la force pour se faire comprendre. Aurions-nous quelque chose à envier à nos amis d’outre-atlantique ? J’en doute. A titre d’exemple prenons le drapeau européen adopté le 8 décembre 1955 par le comité des ministres du Conseil de l’Europe. Pourquoi ces douze étoiles ? Naïves réponses issues d’une mauvaise éducation citoyenne qui évoquent le nombre de pays fondateurs ! L’arrière plan religieux et la part d’insu des discussions préparatoires apparaissent en regard de ces douze étoiles.

¸ 12 signes du zodiaque

¸ 12 travaux d’Hercule

¸ 12 fils de Jacob

¸ 12 apôtres

¸ 12 mois de l’année

¸ 12 heures du jour et 12 heures de la nuit

mais surtout et c’est l’argument qui a permis à l’assemblée européenne d’obtenir un consensus (les délibérations officielles le prouvent) :

12 étoiles couronnant la femme de l’apocalypse, figure de Marie pour les Chrétiens : (XII, verset 1 « et on a vu un grand signe dans le ciel, une femme avec une couronne de douze étoiles sur sa tête »).

YAKINO
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