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"Adoptez le monde."  



« Se souvenir n'est autre chose que concevoir reconnaître ce que nous avons auparavant perçu; or la faculté de concevoir et de reconnaître ce que nous avons déjà perçu nous vient uniquement du pouvoir que nous avons d'associer entre elles diverses idées, et l'association des idées, à son tour, dépend exclusivement du pouvoir de contracter des habitudes, qui est propre au principe de la pensée. La mémoire n'est donc qu'une habitude. » A. Gratacap

Depuis 1970 par thématique: cliquez sur le thème choisi.

les prix - l'alimentation - l'automobile - le cinéma - l'énergie domestique - les petits commerces - la grande distribution - les transports - le BTP - les services - l'emploi - les territoires urbains

Les prix :

Procédons à une mise à jour de nos indices de référence contemporains en regard de ceux, souvent oubliés, effacés, qui organisaient la vie entre les années 1960 et 1970. Le tableau ci-après reprend les coûts d’articles de consommation courante avec leur prix de vente en Francs de l’époque. Nous avons dans la colonne suivante transformé cette somme en euros pour la mettre en parallèle du prix de ce même article en 2004 (l’indice multiplicateur du Franc 1973 en euros 2004 est 0,72). La dernière colonne traduit en pourcentage la variation globale du coût en trente ans.

Désignation Prix en F. 1973 Prix 73 en euros Prix 2004 Variation en %
Quotidien 0,80 0,58 1,20 +106%
2 pièces Paris XIV location 750 540 760 +40%
Disque 45t.CD 2 titres 6 4,3
9 +100%
Disque 33t.CD album 25 18 18 =
Cigarettes Gauloise bleue 1,50 1,08 4,10 +280%
CigarettesCamel 2 1,44 4,50 +212%
Vêtements Jean’s Levis 50 36 50 +38%
Vêtements T-Shirt 6 4,30
20 +46%
Vin Vieux Pape 2,50 1,80 1,80 =
Pain Baguette 0,70 0,50 0,80 +60%
Télévision N&B 3 500 2520 100 -95%
Ticket métro Ratp 0,70 0,50 1,30 +160%
Restauration rapide 18 13 7 -50%

Nous allons nous pencher maintenant sur quelques secteurs économiques en quittant l’aspect quantitatif du coût et accordons-nous quelques regards sur l’évolution des comportements face à ces secteurs : l’alimentation, l’automobile, la consommation d’énergie…L’ensemble de ces données sont nationales. Nous considérerons utile, même pour ceux qui ont la mémoire active mais plus encore à l'égard de ceux pour qui l'exercice demandera un effort, de se laisser aller dans les pages qui suivent. N'enrayez pas la réminiscence de vos souvenirs lors de cette lecture. Nous reviendrons ensuite sur les effets de ces réveils de mémoire. Nous avons pris soin d’écarter les commentaires et avons tenté d’étayer notre voyage dans le temps de la façon la plus large possible. Bien évidemment, tout n’est pas là et si des datations précises apparaissent une première réflexion se présente. Ce déplacement au long de l'axe du temps entraîne une réflexivité qui se noue autour de trois questions: « d'où venons-nous », « qui sommes-nous », « où allons-nous »,et dont la mémoire collective constitue le fil conducteur apparent. Elle y tisse des liens qui à partir du lieu d'où l'on vient et de l'être que nous sommes devenus permet d'anticiper et de se projeter vers l'espace où l'on se dirige, de le faire sur la base de projets mobilisateurs et d'espérances porteuses de devenir. C'est en tous les cas ce que tous attendons de cette mémoire partagée, rassurés du fait qu'une réponse à la direction du sens présuppose une solution aux questions préalables, notamment la réponse de l'origine du sens du chemin réalisé. La mémoire collective entre donc en scène pour pourvoir à cette continuité personnelle afin d'assurer au « cap » fixé des bases non aléatoires, un parcours différent que celui du risque de la discontinuité où tout peut être fréquemment à recommencer. Engageons notre voyage mythique et fantasmé depuis des millénaires: remontons le temps.

L’alimentation :

Dans la base de données Insee en référence la consommation alimentaire exclut les boissons alcoolisées.

          Le tableau qui suit traduit l'évolution du rapport de volume, en pourcentage, des parts de produits de la consommation alimentaire de 1960 à 2001 (source Insee). Comme pour d'autres tableaux que nous présentons, prendre en compte les trois dernières décennies du vingtième siècle impose utilement la considération de la décennie 1960.

          Dans les années 1960 la dépense alimentaire représente 20% des revenus de la famille, aujourd’hui cette part est de 14%. Nous observons qu’une habitude s’est développée entre les années 1960 et 1980 pour se stabiliser depuis : les repas pris à l’extérieur du foyer au travers des modes de restauration rapide, des restaurants d’entreprises ou des cantines renommées restaurant scolaire . Ces repas hors foyer représentent 22% de la dépense alimentaire alors qu’ils étaient tout à fait marginaux en 1970. Ajoutons à ceci la consommation par habitant de plats cuisinés qui augmente de 5% par an en moyenne de 1960 à 2001. La croissance des dépenses alimentaires croît surtout de 1960 à 1973 avec une hausse de +2,7% par habitant et par an, depuis 1996 une augmentation de +0,5% par habitant et par an.

PAGE EN TRAVAUX, TABLEAUX EN COURS A PARTIR DE CET ENDROIT DE LA PAGE (à bientôt)

1960

1980

2001

Produits bruts traditionnels

23,1

12,6

9,5

Sucres bruts

2

1,2

0,6

Graisses brutes

4,3

3,8

2,5

Viandes rouges

11,2

11,2

6,6

Dont boeuf

10

9,8

5,4

Porc, graisses animales et triperies

2,8

3,2

2,5

Viandes blanches et poissons

14

14

14,4

Dont: viandes de volailles

3,8

5,4

5,7

Poisson et produits de la mer préparés

1,7

2,5

4,2

Produits laitiers

7,4

10,8

13

Dont: fromage

4,1

6,8

7,3

Yaourts et desserts lactés







Produits santé et forme

1,7

2,8

5,5

Fruits et légumes

16,8

15,2

15,6

Dont: préparations et conserves de légumes et pommes de terre

1,2

2,3

3,1

Préparations et conserves de fruits

0,8

1,1

1,3

Légumes frais

8,5

5,7

5,4

Fruits frais

7,3

6,1

5,8

Viandes préparées

5,9

8,3

11,7

Confiseries, pâtisseries, boissons sucrées

8,8

13

14,1

Dont: chocolat et confiserie

3

4,5

4,7

Pâtisserie

4

4,7

3,7

          Dès les années 1960, les ménages ont tendance à diminuer leur demande de produits traditionnels. Ces mêmes produits, il y a trente ans parmi les moins chers du marché sont devenus aujourd’hui les plus côtés. Ils sont produits de terroir, fermiers, souvent identifiables par un label. Ce sont les modes de vie de plus en plus sédentaires liés à l’urbanisation qui réduisent les besoins en produits traditionnels à forte valeur nutritive. Les modes de distribution se modifient alors avec l’apparition des premiers supermarchés. Pour le pain, dont le prix progresse plus vite que la moyenne des aliments, la consommation par habitant diminue de 1,4 % par an en moyenne depuis 1960. Les pommes de terre, de moins en moins fréquemment achetées fraîches, sont désormais dans l’assiette du consommateur sous une forme transformée. Plusieurs facteurs conduisent à limiter le temps de préparation des repas et à favoriser la consommation de produits élaborés : l’activité féminine se développe, les trajets domicile-travail s’allongent, le temps consacré aux activités de loisirs s’accroît.

La consommation de sucre (en morceaux ou en poudre) par personne diminue de 3% par an depuis 1971, remplacé en partie par les édulcorants de synthèse tout d'abord discrètement, jusqu’à ce que ceux-ci deviennent un argument lié aux préoccupations de santé. Ils apparaissent sur les rayons des pharmacies dès 1990, puis dans les grandes surfaces. Les dix dernières années voient surgir des problèmes sanitaires liés à la consommation alimentaire : crise de la vache folle, salmonellose, listériose, dioxine et font re-vivre des modes de production sains, nommés biologiques et aussi reconnaissables par des labels.

L’attention portée à freiner la consommation de graisses entre les années 1970 et 1980 entraîne à cette période l’arrêt de l’augmentation de consommation de viande par habitant. Un report partiel de cette consommation se fera sur le poisson qui connaît un franc succès entre 1980 et 1990.

Au palmarès du développement, les produits laitiers affichent une croissance de leur part dans l’alimentation qui passe de 7,4% en 1973 à 13,5% aujourd’hui. Les Français mangent 15 fois plus de yaourts et desserts lactés aujourd’hui qu’en 1960. Le fromage voit lui aussi sa consommation par personne se multiplier par 3,4 lors de la même période.

De 1960 à 1975 les fruits et légumes se retrouvent en conserves avec une croissance de 7,8% par an et par habitant de ce type de produits en « boîtes ». De 1975 à 1985 cette croissance va chuter à +0,3% pour vivre avec l’arrivée des surgelés un regain depuis lors, +1,9%. Légumes et fruits frais ne connaissent quand à eux qu’une croissance de +0,5% par habitant et par an et ce depuis 1960 !

Les confiseries, pâtisseries, boissons sucrées ont également un certain succès. La consommation par habitant de limonades, sodas… augmente de 4,5 % par an en moyenne de 1960 à 2000. Celle de glaces et sorbets explose au cours des décennies1970 (10,8 % par an en moyenne) et 1980 (5,8 %), liée à l’équipement de nombreux ménages en congélateur. Les comportements de grignotage sont de plus en plus fréquents ; la consommation par personne de biscuits, biscottes, pâtisserie de conservation croît de 3 % depuis 1960.

L’automobile :

Précisons sur cet aspect ce que comprennent les dépenses de la consommation des ménages pour l'automobile et ce toujours en fonction de normes méthodologiques liées à la base de donnée Insee consultée:


l'entretien et la réparation avec le coût de la main d'oeuvre pour l'entretien et la réparation des automobiles (y compris les batteries), les échanges standard moteur, les pneumatiques (y compris rechapage), le contrôle technique, les lubrifiants.

          En quarante ans, la part de l’automobile dans la consommation double, en valeur comme en volume évoluant de 8% en 1960 à 14% dans les années 1980 et évoluant de 2% depuis. Depuis ces trente dernières années les acheteurs s'orientent vers des véhicules de gammes inférieures ce qui s’explique par la meilleure qualité des automobiles et leur niveau d’équipement plus élevé dès le bas de gamme. N’oublions pas que l’évolution du pouvoir d’achat mais aussi de la législation influe particulièrement sur l’évolution des dépenses liées à l’automobile avec l’essor de taxes, vignettes et récemment de l’obligation du contrôle technique des véhicules en circulation (1992). Les dépenses d’entretien et de réparation qui constituaient 35% du budget automobile global en 1960 et qui s’étaient effondrées en 1985 à 10%, retrouvent aujourd’hui leur niveau de 1960.

          Une automobile de même puissance (7cv) consommait de 10 à 14 litres au cent kilomètres en 1960, 8,3 litres au cent kilomètres en 1980 et 7,4 litres au cent kilomètres en 2000, parfois moins de 6 litres aujourd'hui. Le même véhicule devrait approcher d’une consommation proche des 3 à 4 litres d'ici 2010. Ajoutons que le carburant a évolué passant de l’ordinaire, au super, au super sans plomb. Le diesel apparaît au début des années 1970 pour représenter aujourd’hui 56% des immatriculations d’automobiles neuves. Si l’écart de prix était de 30% en moyenne depuis 1960, la consommation demeurait semblable, en 1980 les moteurs diesels ont une consommation inférieure de 8% à l’identique en version essence, en 2000 cet écart est de 17% avec un léger effritement de l’écart prix. Le GPL intéresse sans véritablement déclencher des comportements d'achats significatifs.

Aujourd’hui, huit ménages sur dix possèdent au moins une automobile. Ils étaient trois sur dix en 1960, cinq sur dix en 1967 et sept sur dix en 1980.

En 1960, trois quarts des cadres supérieurs possédaient une voiture, contre un quart des ouvriers. En 1970, 90% des cadres supérieurs avaient une voiture pour plus de 60% des ouvriers, et dix ans plus tard, respectivement plus de 90% et 80%.

Entre 1960 et 1970 le nombre de femme réussissant l’épreuve de l’examen du permis de conduire double, depuis la part de permis délivrés aux femmes est passé de 8% à 44% du total.

La forte progression de l’équipement automobile ces quarante dernières années va de pair avec celle du pouvoir d’achat. Ainsi au cours des années 1960 à 1970, le pouvoir d’achat a fortement augmenté et le nombre annuel d’immatriculation de voitures neuves a plus que triplé.

Le cinéma :

Avec 185 millions d’entrées, les professionnels du secteur considèrent l’année 2001 exceptionnelle. Pourtant, les spectateurs sont deux fois moins nombreux qu’en 1960 ! Entre 1960 et 2000, le prix des places a augmenté en moyenne de 7% par an, sur la même période le prix des dépenses liées à la télévision n’augmente que de 3,8% par an, et celle du prix de l’ensemble des dépenses des ménages de 5,4% par an. Les ménages consacrent 13% de leurs loisirs audio-visuels au cinéma contre 66% en 1960, ce sont aujourd’hui les dépenses liées à la télévision (redevance, abonnements aux chaînes payantes, câble et satellite) qui représentent 65% des dépenses audio-visuelles, le reste (22%) étant consacré à l’achat de DVD et cassettes vidéos préenregistrées.

Balayons la mémoire des sorties cinématographiques (choix éminemment subjectif): 1973 La maman et la putain de Jean Eustache; 1977 Cet obscur objet du désir de Luis Bunuel; 1979 Apocalypse Now de Francis Ford Coppola; 1981 Stalker d'Andrei Tartovski; 1983 A nos amours de Maurice Pialat; 1984 Kaos de Paolo et Vittorio Taviani; 1986 My beautiful laundrette de Stephen Frears; 1989 Faux-semblants de David Cronenberg; 1991 Edward aux mains d'argent de Tim Burton; 1995 Dead Man de Jim Jarmusch; 1997 Commandements de Daniel Tiplitz; 1998 Cours, Lola cours de Tom Tykwer.

Le tableau suivant chiffre les dépenses des ménages au cinéma et expose la fréquentation des salles de 1960 à 2000.

Années

Millions d'entrées

Millions d'euros

1960

350

110

1964

275

130

1968

205

150

1972

180

190

1976

175

300

1980

175

450

1984

180

690

1988

125

570

1992

120

605

1996

135

750

2000

185

940


La consommation de l’énergie domestique :

Précisions liées à l'utilisation de la base de données de l'Insee:

les dépenses de chauffage et d'éclairage recouvrent les dépenses d'électricité, de gaz, de combustibles liquides (fioul domestique et gaz pétrolier liquéfié.

les dépenses de combustibles solides (produits sylvicoles et charbon: houille, lignite et tourbe, cokéfaction)

les dépenses de chaufage urbain

les dépenses de fioul lourde et de charbon de bois étant marginales, elles ne sont pas considérées dans cette étude

Si l’électricité est devenue l’énergie dominante dans les foyers ce ne fut pas toujours le cas, et ce dans un passé récent. La part d’énergie domestique dans la consommation totale des Français est la même qu’en 1960 et le chauffage constitue l’usage principal de cette consommation. En effet en 2000 les dépenses d’achat d’électricité consacrées au chauffage et à l’éclairage sont de 50% (contre 22% en 1960), loin devant le gaz 17% (4% en 1960) et le fioul domestique 17% (10% en 1960). En 1960 le charbon représente 35% des dépenses (7% en 2000), suivi du bois qui est passé de 23% à 5% pour la même période.

Depuis le début des années 1960 la consommation de charbon n’a pas cessé de baisser (-8,4% par an en moyenne, dans le même temps les prix augmentaient de 6,8% par an. La consommation de charbon reste concentrée autour des anciens sites de production, région Nord-Pas de Calais, secondairement la Lorraine. Le charbon y alimente des chauffages d’appoint pour 56% et coexiste pour 44% avec un chauffage central.

La consommation de bois avait diminué de moitié en volume entre 1960 et le milieu des années 1970 mais a retrouvé depuis peu la faveur des foyers, depuis quarante ans son prix a augmenté continûment de +4,3% par an.

En 1974 à l’issue du premier choc pétrolier le prix du fioul domestique a crû de 75% contre 8% pour l’électricité. De nombreuses campagnes d’économies d’énergie se développent à compter de 1974, un vaste programme de centrales nucléaires prend corps et 1976 voit apparaître pour la première fois l’horaire d’été. La proportion de logements neufs chauffés à l’électricité a été multiplié par cinq entre le début et la fin des années soixante-dix, passant de 5% à 25%, elle atteint 40% depuis le milieu des années 1980.

Ci dessous le tableau présente la part en pourcentages des différents types d'énergie utilisés dans la consommation domestique de 1959 à 2001.

Années

Charbon

Électricité

Bois

Gaz

Fioul

GPL

Urbain

1959

36

21

24

2

9

7

1

1963

35

20

17

7

12

7

2

1967

21

29

13

7

20

8

2

1971

11

31

7

9

31

8

3

1975

7,5

31

5

13

33

7

3,5

1979

5

37

2,5

15

31,5

5

4

1983

4

39

2,5

18

26,5

6

4

1987

4

50

2,5

18

17

5,5

3

1991

2

52

2

17,5

16,5

6,5

3,5

1995

1,5

56

2,5

16,5

12,5

6,5

4,5

1999

1

54

2

19,5

12,5

7,5

3,5

2001

0,5

51

1,5

21

15

7,5

3,5



Les petits commerces :

Depuis 1970 le nombre de petites épiceries a été divisé par six, celui des boucheries par trois. Une commune sur deux n’a plus aucun commerce de proximité.

Tableau comparatif du petit commerce de proximité entre 1966 et 1998:



Entreprises

nombre

Personnes

occupées

Types de commerces

1966

1998

1966

1998

Boulangerie Pâtisserie

40 200

22 400

106 800

44 900

Boucherie

50 500

14 700

120 600

25 400

Poissonnerie

4 700

2 100

8 700

3 400

Charcuterie

12 700

6 400

0

11 800

Épicerie

87 600

13 800

144 900

19 000

Crémerie Fromagerie

4 600

1 100

8 500

1 600

Commerce de fleurs

5 900

9 900

0

15 000

Librairie Journaux

13 200

11 900

22 900

19 200

Horlogerie Bijouterie

8 900

3 800

15 400

5 900

Commerce de chaussures

9 000

4 300

16 000

6 500

Commerce de vêtements

47 900

27 500

80 700

39 000

Électroménager

8 100

5 500

16 800

8 800

Quincaillerie, coutellerie

9 300

5 000

16 600

7 300

Le premier supermarché a été créé en 1957 et le premier hypermarché en 1963. Créations assez tardives, comparées au succursalisme, qui existe depuis la seconde moitié du dix-neuvième siècle, aux magasins populaires, apparus à la fin des années vingt (tel que la Samaritaine) et même à l’essor des groupements de commerçants au cours des années cinquante. Au milieu des années soixante, le grand commerce organisé était encore balbutiant face au petit commerce, souvent indépendant. Celui-ci était encore essentiel dans une logique de distribution de proximité. On recensait, en 1966, 87 600 petites épiceries (comptant jusqu’à deux salariés), il en subsiste 13 800.

Les petits commerces d’habillement et de chaussures sont fortement concurrencés par le grand commerce spécialisé. Celui-ci est souvent plus adapté que le petit commerce indépendant pour suivre rapidement les modes et pour renouveler fréquemment les collections. Le nombre de ces petites entreprises s’est réduit de moitié : on en comptait 57 000 en 1966, contre 32 000 trente ans plus tard. Le nombre des petites entreprises de quincaillerie ou vendant des appareils électroménagers, des radios et des télévisions s’est réduit fortement en trente ans, bien que la demande reste importante pour leurs produits.

Il y avait, en 1966, 9 000 petites quincailleries, il en reste 5 000. De très nombreuses stations-service ont disparu, dont beaucoup de petites indépendantes : de 46 400 points de vente de carburants en 1966 ce sont les deux tiers qui disparaissent avec un solde de 16 200 en 2000.

En revanche, le nombre d’entreprises de boulangeries-pâtisseries n’a diminué que de quelques milliers en un peu plus de trente ans : il est passé de 54 000 en 1966 à 43 000 en 2000. Les Français continuent d’acheter leur pain, leurs croissants ou leurs gâteaux dans une boutique de proximité. Le nombre de petits commerces de journaux et de librairies s’est presque maintenu (13 200 en 1966, 11 900 en 1998). La politique de fixation des prix a restreint la concurrence de la grande distribution spécialisée.

Les petits commerces de fleurs font exception à la règle. Ils sont aujourd’hui une fois et demie plus nombreux qu’au milieu des années soixante. Les pharmacies sont plus nombreuses qu’il y a une trentaine d’années. Ce secteur est très réglementé : leur implantation est soumise à des quotas relatifs à la population résidente.

La consommation a baissé d’un tiers dans les cafés, dont le nombre a été divisé par deux ces trente dernières années (104 000 établissements en 1966, 54 000 en 1994).



La grande distribution :

Apparus en 1963, les hypermarchés ont connu un essor considérable : ils distribuent actuellement 20 % des produits destinés aux consommateurs (hors automobile). Quasi inexistantes en 1963, les grandes surfaces spécialisées non alimentaires vendent aujourd’hui, avec les chaînes succursalistes de magasins de petites surfaces, 9 % de l’ensemble des produits commercialisables. Elles constituent un grand commerce dont le poids rivalise avec celui des hypermarchés. La concentration caractérise l’évolution des formes de vente au détail depuis 1963.

Pour la compréhension du tableau ci dessous précisons :

les produits commercialisables sont les produits susceptibles d'être vendus par le commerce de détail; ils ne comprennent pas les automobiles

les petits et moyens commerces sont entendus y compris le commerce de petites surfaces, indépendant organisé telle les franchises

les autres ventes au détail regroupent: les ventes des boulangeries classées dans les industries alimentaires, les ventes de pneus, d'accessoires et de carburants par le commerce de l'automobile, les ventes au détail des autres secteurs.

Le tableau suivant expose les parts de marché parmi l'ensemble des produits commercialisés en pourcentage de 1062 à 1994.

Formes de vente

1962

1970

1980

1990

1994

Grandes surfaces alimentaires

3,1

9,5

18,6

29,7

33,6

Dont: Hypermarchés (2500 m2 et plus)

0

2,2

9,4

16,8

19,9

Supermarchés (de 400 à 2500 m2)

0,6

4

7

11,7

12,7

Magasins populaires (de 400 à 2500 m2)

2,5

3,3

2,2

1,2

1

Petites surfaces succursalistes d'alimentation générale

7

6,5

3,8

1,4

1,1

Grands magasins

2,7

2,9

2,2

1,6

1,3

Vente par correspondance généraliste

1,2

0,7

1

1

1,2

Autres généralistes

0

0,7

0,7

0,6

0,5

Grand commerce non alimentaire spécialisé

0

1

3,9

7,1

8,9

GRAND COMMERCE

14

21,1

30,2

41,4

46,7

Petites surfaces d'alimentation générale indépendantes

12

8,7

4,6

3,2

2,7

Commerce de détail alimentaire spécialisé

14,7

12,4

9,6

6,8

5,8

Dont: Commerce de viandes

9,2

8,2

6,1

3,7

2,9

Pharmacies

3,5

4,3

4,1

5,4

6,1

Petit et moyen commerce spécialisé non alimentaire

32,8

30,5

27,8

24,1

21,5

PETIT & MOYEN COMMERCE

63

55,9

46,1

39,5

36,1

ENSEMBLE DU COMMERCE DE DETAIL

77

76,9

76,2

80,9

82,8

Autres ventes de détail

23

23,1

23,8

19,1

17,2

Dont: boulangerie et pâtisseries

3,6

3,3

3

2,6

2,4

Commerce de l'automobile

9

8,9

11,6

8,2

7,7

ENSEMBLE DES VENTES AU DETAIL

100

100

100

100

100

En milliards de francs TTC

142

282,3

955,5

1985,7

2143,1

Depuis 1970, les grandes surfaces alimentaires ont presque doublé leur part de marché aux dépens du petit commerce alimentaire, spécialisé ou non. Les petites alimentations générales se sont raréfiées : elles ne distribuent plus que 10 % des produits alimentaires en 1994, contre 35 % en 1970. Le développement des magasins de proximité sans salarié et aux larges horaires d’ouverture est un créneau qui permet à des entreprises individuelles de se maintenir. Les petites surfaces spécialisées, quant à elles, ne réalisent plus que 17 % des ventes de produits alimentaires contre 32 % en 1970.

Dans la distribution de la viande et des produits à base de viande, le grand commerce alimentaire couvre 55 % du marché, les boucheries et charcuteries conservant 30 % de ce marché, les 15 % restant allant aux petites surfaces d’alimentation générale, aux producteurs et aux grossistes.

Les hypermarchés et les supermarchés ont développé leurs rayons de fruits et légumes frais et vendent plus de 60 % de ces produits. Leur part de marché dans la vente de poissons et crustacés s’est améliorée. C’est aussi le cas des petites alimentations générales indépendantes, grâce aux surgelés et semi-conserves, produits de dépannage, faciles à trouver aux heures tardives. Quant aux poissonneries, leur position s’est détériorée (36 % du marché contre 82 % en 1970). Pour l’épicerie sèche et les boissons, la conquête du marché par les grandes surfaces s’est faite dès les années soixante dix au détriment des alimentations générales de proximité qui passent de 54 % du marché en 1970 à 13 % en 1994. Seul le pain a résisté à la distribution en grandes surfaces et reste majoritairement vendu par les boulangers qui représentent encore 77 % du marché (contre 90 % en 1970).

Les produits non alimentaires constituent 46 % des ventes des hypermarchés, contre 36 % en 1970. Un des segments forts des hypermarchés est le rayon de l’électroménager, des produits bruns (téléviseurs, chaînes Hi-fi,...) et des disques et vidéocassettes. Avec 28 %, contre 4 % en 1970, ces grandes surfaces dominent le marché de ces produits. Elles dépassent le petit commerce spécialisé (27 %) et le grand commerce spécialisé (Darty, Boulanger,...) qui en représente 20 %. Les hypermarchés réalisent près de 14 % des ventes de livres, papeterie, presse ; leur part de marché croît régulièrement depuis 1970, pour agir sur les prix des livres, ils créent leur propres collections et proposent un choix restreint aux titres les plus connus, souvent les grands classiques de la littérature.

Dans l’habillement, les réseaux succursalistes de petites surfaces (Damart, Etam, Armand Thierry,...) et les grandes surfaces (C & A, La halle aux vêtements,...) ont connu un fort développement; ensemble ils atteignent 20 % du marché. Ces entreprises agissent surtout en pratiquant des prix bas et en s’adaptant rapidement à la demande des consommateurs. Les petites surfaces indépendantes ont perdu des parts de marché. Elles n’en couvrent plus que 40%, contre 70 % en 1970. La part des hypermarchés malgré son augmentation, reste assez limitée.

Dans les articles de sport, le petit commerce spécialisé, les grandes surfaces (Décathlon, Go Sport,...) et les petites surfaces succursalistes (Mitemps,...) connaissent une croissance rapide : le petit commerce atteint près de 70 % du marché tandis que le grand commerce spécialisé a triplé sa performance entre 1986 et 1994 passant de 5 % à 15 % du marché. Il propose une vaste gamme d’articles, pour tous sports et de toutes marques et se substitue à la distribution directe des producteurs qui ne concerne plus que 2,5 % du marché contre 27 % en 1970.

Le secteur du bricolage s’est fortement concentré durant les dernières années. Quelques grandes enseignes (Castorama, Leroy Merlin, Bricomarché) parmi les grandes surfaces de bricolage, possèdent la majeure partie du marché grâce à un choix important de produits, aux services proposés et aux conseils fournis. Les magasins spécialisés en quincaillerie et bricolage détiennent plus de 80 % du marché, contre 54 % en 1970. Le maintien des grandes surfaces alimentaires aux alentours de 7 % du marché est dû au développement des premiers prix et des marques distributeurs.



Les transports :

Alors qu’elle représentait près de 60 % des transports terrestres intérieurs de marchandises au milieu des années cinquante, la part du ferroviaire, exprimée en tonnes-km, n’en constituait plus que 22 % en 1995 (hors oléoducs). Dans le même temps, celle du transport routier de marchandises est passée de 29 % à 75 %. Au total, les transports de matériaux pondéreux par la SNCF ont diminué de moitié (en « tonnes-km ») entre 1970 et 1995.

A cela s’est ajouté le développement du réseau autoroutier au cours de la décennie 70, durant laquelle le nombre des véhicules utilitaires (camions, camionnettes,...) a augmenté fortement : les immatriculations neuves ont progressé de 56 % et le parc s’est accru de près de 40 %. La longueur des autoroutes a été multipliée par 6 entre 1970 et 1995.

Le transport maritime a été victime des bouleversements intervenus durant les années 70 dans les grands courants d’échanges internationaux avec le développement des pavillons extraterritoriaux. La flotte a été divisée par quatre en quarante ans. La navigation fluviale a régulièrement décliné sur la période : sa part modale, en tonnes-km, est passée de 11,2 % à 2,8 %.

Tableau représentatif du parc des transports de 1954 à 1994:





Parc routier



Réseau

routier

Réseau

SNCF





Voit.part.

et comm.

Utillitaires

Autoroutes

Nationales

Longueur

Lignes élec.

TGV



Milliers

Milliers

Milliers

1000 km

1000 km

1000 km

1000 km

1000 km

1954

2 710

352

1 073

0

81

30

5

0

1964

7 925

1 053

1 760

0

81

38

8

0

1974

14 900

1 525

2 155

3

34

35

9

0

1984

20 700

1 758

3 270

6

34

35

11

2

1994

24 643

1 973

5 103

8

37

32

14

6



Le BTP :

Après la seconde guerre mondiale il fallait d’urgence reconstruire le pays, moderniser l’appareil productif et loger les générations du "baby boom". En trente ans, la production du Bâtiment et des Travaux Publics a presque été multipliée par cinq. Cette expansion exceptionnelle a démarré grâce à des fonds publics, progressivement relayés par l’épargne privée. À partir de 1975, les difficultés économiques amènent les entreprises à réduire leurs investissements en bâtiment. La montée du chômage et la hausse des taux d’intérêt réels contribuent à freiner les achats de logements des ménages. Au cours des vingt dernières années, l’activité du BTP, devenue plus cyclique, n’a progressé que de 11 %.

Vers la fin des années soixante, les générations nombreuses d’après guerre commencèrent à s’installer. Leur nombre augmenta de plus en plus vite : 160 000 par an vers 1960, 300 000 au début des années soixante-dix.

Enfin, l’exode rural entraîna un important mouvement d’urbanisation, et nombre de logements vétustes ou mal situés étaient condamnés à disparaître. 100 000 logements par an furent ainsi désaffectés entre 1954 et 1962, puis 150 000 de 1962 à 1975. L’augmentation de la construction neuve, qui culmina à plus de 550 000 logements en 1972, permit de satisfaire ces besoins en logements sans précédent. En solvabilisant les ménages la croissance rendit possible cet essor exceptionnel. Les salaires étaient régulièrement revalorisés et le chômage peu répandu. L’épargne se reconstituait progressivement : de 12 % du revenu disponible des ménages dans les années cinquante, elle passa à 17,5 % en 1975. La faiblesse des taux d’intérêt réels allégeait l’effort de ceux qui s’endettaient.

Jusqu’en 1973 l’activité du bâtiment non résidentiel privé, soutenue par l’expansion générale, fut elle aussi florissante. On construisait quinze fois plus de bâtiments agricoles en 1973 qu’en 1962, cinq fois plus de bureaux, deux fois plus de bâtiments industriels.

Au début des années soixante-dix la croissance du BTP se ralentit. Les conséquences de la "crise" consécutive aux chocs pétroliers furent lourdes pour le BTP, qui ne connut que trois années de croissance entre 1974 et 1985. Sa production recula de 5,4 % en 1975, et de 12 % en onze ans. La baisse fut très sensible dans les secteurs des biens intermédiaires et de l’automobile ; ils réalisent près de la moitié de l’investissement en bâtiments industriels, dont la construction chuta de 30 % en 1975, et à peu près d’autant entre 1975 et 1985.

La part du BTP dans l’investissement total des entreprises, qui diminuait tendanciellement depuis 1960, tomba à 34 % en 1985 ; elle était de 44 % en 1975, et de 52 % en 1959. Seule la demande des administrations progressa au cours de cette période (de 18,9 %).

Le contre-choc pétrolier de 1985 permit une reprise mondiale et française. Dès 1986 le BTP sortit de la récession, avec une hausse de 4,8 % de sa production. La croissance de ce secteur passa par un maximum en 1988 (+ 7,7 %), puis ralentit jusqu’à la rechute de 1992 (- 2,1 %, et - 5,7 % en 1993).



Les services :

En 1995, la production des services marchands a dépassé 1 800 milliards de francs. Entre 1960 et 1995, elle a quintuplé en volume, tandis que celle des transports était multipliée par 4, celle de l’industrie et du commerce par 3, et celle de l’agriculture par 1,5. Les services marchands ont nettement augmenté leur influence dans l’économie française, passant de 11 % à 17 % de la valeur ajoutée entre 1960 et 1995. Ce sont les services aux entreprises, domaine en plein essor, qui ont connu la progression la plus spectaculaire : en volume, leur production a été multipliée par plus de 8 depuis le début des années 60, de sorte qu’en 1995 elle représentait les deux tiers de la production des services marchands.

Au sein de ce secteur, ce sont des activités quasi-nouvelles au début des années 60, comme les services informatiques, qui se sont particulièrement distinguées. D’autres ont connu un fort  développement : les productions des postes et télécommunications et du conseil en information ont été multipliées par 12. En outre, la gestion des facteurs de production s’est de plus en plus externalisée : la location de matériel de bureau a été multipliée par 25, le recours au travail temporaire par 10. La production des activités de promotion et de gestion immobilières, tirée par le bâtiment, a été en hausse constante de 1960 à 1974, multipliée par 3,5 sur cette période.

La consommation des spectacles et des jeux d’argent a été multipliée par 4, celle des sports par 5. La part de la location de logements est passée de 7,5 à 13 % entre 1960 et 1995 ; de même, celle des services de santé est passée de 3 à 7 % entre 1960 et 1995. Entre 1960 et 1995, l’indice des prix de la consommation marchande a été multiplié par 8, tandis que celui des services marchands était multiplié par plus de 10. Les activités de nettoyage, qui concernaient 14 000 personnes en 1962, en emploient 160 000 en 1990. De même, les services informatiques, quasi-inexistants en 1960, occupaient en 1995 plus de 150 000 actifs.

La part des cadres et des professions intermédiaires est passée de 20 % en 1962 à 32 % en 1990 pour l’ensemble de l’économie, elle a crû de 23,5 à 38 % dans les services marchands.



Le marché du travail et l’évolution de l’emploi :

Depuis 1962, l’effet démographique est prépondérant. C’est l’évolution « naturelle » de la population totale qui détermine principalement celle de la population active en France. Le nombre d’actifs, occupant ou non un emploi, ne cesse de progresser avec l’arrivée des générations du baby-boom, puis de leurs enfants, sur le marché du travail. Le développement continu de l’activité féminine contribue également à cette progression. À partir de 1974, ces générations nombreuses entrent sur le marché du travail dans un contexte défavorable, marqué par une importante progression du chômage. Entre 1982 et 1990, l’effet démographique s’atténue. L’effet des variations de taux d’activité redevient légèrement négatif : le développement continu de l’activité féminine ne compense plus la baisse des taux d’activité aux âges extrêmes, qui s’accentue. Par ailleurs, l’emploi progresse peu en moyenne sur cette période, sous l’effet de deux phénomènes opposés : disparitions d’emplois dans l’industrie et l’agriculture, créations dans le tertiaire. Par suite, l’effet du chômage reste élevé. Enfin, entre 1990 et 1999, la pression démographique diminue encore tandis que les taux d’activité et l’emploi se redressent.



L’évolution des territoires urbains :

Tableau dressant l'évolution de la population française métropolitaine urbaine et rurale de 1936 à 1990:



1936

1954

1962

1968

1975

1982

1990

Population (en milliers)

41 813

42 705

46 425

49 712

52 592

54 335

56 615

Urbaine

22 120

24 456

29 370

34 834

38 351

39 861

41 898

Rurale

19 693

18 249

17 055

14 878

14 241

14 474

14 717

Part de la population urbaine en %

53

57

63

70